lundi 21 septembre 2015

Le "Golden Dinar 3/3). De l’utopie au pétard mouillé : Pourquoi il est impossible que le dinar d’or de Daech remplisse l’effet escompté ?



Nous allons aborder ici les incohérences techniques du lancement du dinar de Daech. Elles sont –très- nombreuses !
  • Pas de taux de change
Cette initiative poursuit un but idéologique. "Comme à l’époque des rois du Moyen-Âge, cela leur permettra de fixer arbitrairement la valeur des choses selon leur propre code moral, sans qu’il soit possible de faire des comparaisons internationales, puisque personne d’autre n’utilise cette monnaie et qu’il n’existera pas de taux de change”, explique Pascal de Lima, directeur de cabinet de conseil EcoCell et spécialiste du système financier.

Mais ces métaux permettront à cette monnaie de ne pas être convertible et de fixer arbitrairement la valeur des choses selon le code moral de l'EI Puisque personne d'autre n'utilise cette monnaie, des comparaisons internationales seraient impossibles et le taux de change serait inexistant.
  • Usage impossible en dehors des « frontière de l’auto-proclamé Etat Islamique »
Des experts en finance estiment qu’il est très peu probable que la monnaie de Daech se développe au niveau international. A l’heure de la transparence bancaire, aucune institution financière crédible ne pourra en effet l’accepter. Cette nouvelle devise ne peut être reconnue officiellement et ne pourra donc pas servir à des échanges en dehors du territoire contrôlé par ce groupe.

De plus, le billet vert risque de toujours rester la référence en termes de transactions : l'embargo financier décrété par la communauté internationale à l'encontre du mouvement terroriste devrait dissuader tous ses fournisseurs de se faire payer dans une monnaie aussi compromettante que celle de l'EI.
« C'est comme des diamants de guerre (blood diamonds), » explique David Phillips, ancien conseiller des Nations Unies, aujourd'hui à l'Institute for the Study of Human Rights de l'université de Columbia. Il expliquait au New-York Times, l'année passée, « Aucune institution financière crédible ne va accepter ça. »
“Personne, en dehors du territoire contrôlé par Daech, n’acceptera cette monnaie (…). Finalement, cette devise est un outil de propagande médiatique”, conclut lui aussi l’économiste irakien Jameel Basim.
  • Une monnaie locale ?
Cette monnaie pourrait en revanche techniquement être lancée à un échelon local, mais, pour des raisons évidentes, sa forme « or » ne pourra pas être en circulation courante ; seul le dirham d’argent à la rigueur ; mais surtout sa sous unité en cuivre seront réellement utilisables...
Hormis peut-être au Qatar, Luxembourg ou Suisse, peu d’états sont dotés d’un pouvoir d’achat permettant l’usage de pièces d’or. Son existence en Syrie et Iraq est donc purement symbolique. Il s’agirait d’un dinar d’or qui en réalité ne circulerait pas…
Si la monnaie existe depuis déjà plusieurs mois, pour l’instant, même à l’intérieur des territoires contrôlés par l’Etat Islamique, le dollar règne en maître. Les salaires des djihadistes seraient ainsi payés encore en dollars.
Plusieurs monnaies (parfois dinar d’or) locales « parallèles » ont été mises en place dans d’autres pays ; notamment en Libye, Indonésie, Malaisie, US… Le but est à chaque fois de garantir une très forte stabilité. Quoi qu’il en soit une monnaie locale ne concurrence pas une monnaie nationale ou supranationale. En tant que monnaie complémentaire, elle fonctionne en parallèle. De fait, elle n’impacte pas l’économie globale.
  • Problème de dépendance à l’or, à l’argent et au cuivre : risques d’inflation et de déflation
Historiquement, la rareté de l’or a été compensée par la disponibilité de l’argent comme alternative. Cela étant, les métaux précieux utilisés comme monnaie d’échange étaient difficiles à diviser et à vérifier.
La dépendance à l'or, à l'argent et au cuivre devrait aussi poser des difficultés selon les spécialistes. Le cours de ces métaux varie fortement comme le cours des matières premières. Il y aurait alors risque d’inflation ou de déflation.
Leur prix est en effet aujourd’hui fixé par ces mêmes marchés financiers que Daech espérerait combattre…Si les cours augmentent subitement, cela pourrait être très préjudiciable pour Daech (la facture du groupe terroriste pourrait très vite exploser).
Ci-dessous, évolution du cours de l’or depuis 40 ans, puis des deux métaux précieux depuis 660 ans
Source : http://goldsilverworlds.com

Ainsi, nous pouvons constater que malgré l’inflation, le cours de ces métaux précieux est loin d’être en constante hausse, et d’autant moins caractérisé par la stabilité….
Par ailleurs, quand bien même Daech serait considéré comme une sérieuse menace, le marché de l’or pourrait faire l’objet d’une assimilation à la fraude et au financement terroriste, ce qui pourrait vivement impacter la demande, et donc les cours...
  • Problèmes d’approvisionnement
Se pose ensuite la question de l’approvisionnement en métaux précieux. La monnaie se réfère exactement au dinar d’or originel, qui était constitué de 4,3g d’or pur, ce qui nécessiterait des quantités d’or considérables pour frapper cette nouvelle monnaie.
Exemple rapide : Pour 60 millions d’habitants en Syrie et Irak (sans prendre en compte les flux migratoires bilatéraux actuels), rien qu’un unique dinar d’or / personne… représenterait 258 tonnes d’or… En comparaison, les réserves cumulées de ces 2 pays s’élèveraient à 62 tonnes (moins les stocks dont Daech s’est emparé à Mossoul). 20 pays dans le monde possèdent plus de 230 tonnes dans leur réserve.
Même si Daech gagnerait près de 8 millions de dollars chaque jour (dont 38% en vendant au marché noir le pétrole des champs syriens et irakiens contrôlés par les djihadistes), comment peut-elle s’approvisionner en or ? De façon illégale, sur le marché noir ? En tout cas certainement pas au London Bullion exchange (marché des métaux précieux de Londres).
La dépendance à ces métaux est, d’après de nombreux experts, l’une des raisons qui rendent le projet difficile, voire impossible à mettre en œuvre. "Pour fondre l’or, par exemple, Daech devra en acheter sur le marché noir ce qui donne aux États-Unis et à leurs alliés un nouveau moyen de traquer les membres de ce groupe”, note Pascal de Lima (économiste et enseignant à Sciences-po).
  • Quand l’ « État islamique » s’improvise banque centrale : une charge administrative et logistique contre-productive
« Quelqu'un doit être en charge de cet argent et doit le gérer d'une manière très sophistiquée, » expliquait Anthony Cordesman (responsable des questions de stratégie au Center for Strategic and International Studies)
La monnaie "devra être frappée dans des établissements spéciaux ayant reçu l'aval du calife Al-Baghdadi" précise Olivier Hanne, spécialiste de l'histoire de l'islam à Metronews.fr. Mais la liberté d'action du califat pose question compte tenu des frappes aériennes menées contre lui.
Outre les problèmes dépendances aux métaux, et autres aspects strictement monétaires, Daech devra (comme tout État) gérer les conséquences administratives et politiques considérables qu'entraîne cette initiative. Cela nécessitant « une économie extrêmement centralisée et autoritaire » rappelle Sébastian SEIBT journaliste à France 24.
Rien ne dit que l’EI dans sa forme actuelle ne soit capable de gérer les conséquences administratives et politiques qu’entraîne cette initiative. "Même l’Union soviétique n’a pas réussi [ce que l’État islamique ambitionne de faire], car cela nécessite une économie extrêmement centralisée et autoritaire”, souligne Pierre-Cyrille Hautcoeur, un spécialiste de l’histoire des institutions et marchés monétaires et financiers.
En réalité, en plus, « Comme la fabrication de la monnaie se fait aux dépens des produits métalliques, il n'y aurait pas de vraie Banque centrale et donc impossibilité de pratiquer une politique monétaire. »

  • Risques de fraudes
Le risque de contrefaçon n’est pas non plus négligeable. Il est, en effet, plus facile de fabriquer du faux or, ou du faux argent que des faux billets… Ce risque de fraudes et de circulation de fausses pièces, est évident au lancement d’une nouvelle monnaie.
“Qui s’assurera que le dinar est vraiment en or ?”, s’interroge Pierre-Cyrille Hautcoeur (Économiste et historien, directeur d'études à l'EHESS). À moins de mettre un policier à chaque coin de rue pour traquer d’éventuelles fausses pièces, la population risque rapidement de ne plus avoir confiance en cette nouvelle devise. Cette nouvelle monnaie est, donc, une porte ouverte à une inflation administrative, d’autant plus si Daech réussit à conquérir de nouveaux territoires.
Il faudrait, en effet, mettre en place des contrôles à tous les niveaux qui seraient non seulement mal perçus par les populations locales, mais aussi très chers en ressources humaines et en infrastructures. L’État islamique devra, notamment, rendre les différentes frontières totalement étanches pour “éviter un coûteux trafic de ces pièces”, remarque Hautcoeur. La tentation pourrait, en effet, être grande d’aller échanger dans les pays voisins ces dinars en or contre des dollars ou d’autres devises.
Enfin pour que la population ait confiance dans une nouvelle monnaie (l’une des conditions sine qua none pour qu’elle le soit), elle doit avoir la certitude que la monnaie avec laquelle elle paie est bien constituée d’or, d’argent ou de cuivre. Tout ce dispositif nécessite énormément de ressources humaines et d’infrastructures, comme établir des douanes aux frontières par exemple.

DONC : GOLDEN DINAR = PROPAGANDE de DAECH
Cette nouvelle tentative d’instauration d’un dinar d’or est en fait contre-productive au regard des ambitions de l’organisation terroriste. Même si l’Etat islamique dispose de ses propres réserves d’or, les obstacles sont bien trop nombreux et ne peuvent être contournés. Loin de cimenter les fondements d’un nouveau califat, cela risque de s’avérer profondément ruineux pour celui-ci.
La seule réussite momentanée d’une telle annonce pourrait éventuellement se traduire par l’effet galvanisateur de ce « buzz », au sein des troupes de Daech.
Les moyens sont là : images de qualité, intervenants et exemples plutôt pédagogiques, compréhensibles par tous. Une certaine puissance ressort de cette propagande (dont c’est bien l’effet escompté !), oui, c’est certain, si l’on fait fi de : la fraude certaine et facile, l’évolution des cours des métaux, la non reconnaissance internationale, les multitudes de casse têtes de gestion administrative, les problèmes d’approvisionnement, etc, etc. alors, oui, peut-être on pourrait y croire…(et la marmotte…).
Comme toujours Daech instrumentalise le Coran afin de trouver de vagues justifications à leur action, tout en occultant la réalité. Le spectateur voudrait croire que se déroule actuellement au « Sham » (territoire situé entre Syrie et Irak), une « grande prophétie mondiale » ; que Daech combat l’Antéchrist avant la fin du monde, et que rejoindre Daech sera en quelque sorte une aventure palpitante où il deviendra « quelqu‘un » (doté d’une certaine puissance), tout en étant certain d’être du «  bon côté »…
Certains pourraient en effet croire que la constitution de cette monnaie fantoche constitue là, à la fois la volonté du Prophète, mais aussi et surtout une victoire sur l’occident ; la dernière étape pour devenir un authentique Etat Islamique, et que celui-ci pourrait fonctionner, voire même être reconnu… (Bien entendu, sans corruption, ni détournements, sans perversion d’aucune sorte et toujours dans LA vérité…et encore la marmotte…).

 Retour à la partie précédente de cette article " Le "dinar d'or": double but de propagande"(2/3)

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