lundi 22 août 2016

Dabiq, ville symbole


Le 24 août 2016 marque le 500e anniversaire de la bataille de Dabiq, épisode militaire qui contribua à façonner le Moyen-Orient. Malgré l’importance de cet événement, il est intéressant de noter que le nom de Dabiq résonne surtout en raison de son association à Daesh.
Ainsi, tout en profitant de cet anniversaire pour évoquer la bataille militaire du XVIe siècle, La Mecanique DAESH entend expliquer à ses lecteurs pourquoi le groupe terroriste attache un intérêt particulier à cette ville syrienne.
 
Dabiq, bataille entre Mamelouks et Ottomans

De 1250 jusqu’à leur défaite face aux Ottomans, les Mamelouks exercent leur influence sur un territoire allant de l’Egypte à la Syrie en passant par la péninsule arabique.
En mai 1516, le sultan mamelouk Qânsûh al-Ghûrî part du Caire avec son armée pour rejoindre Alep en prévision de l’attaque ottomane qui se prépare dans le nord de la Syrie.
L’armée ottomane avait déjà fait la démonstration de l’efficacité de son artillerie contre la cavalerie du chah de Perse Ismail 1
er, fondateur de la dynastie des Séfévides, lors de la bataille de Tchaldiran en 15141. Cette victoire avait permis au sultan ottoman, Selim 1er, d’annexer à son empire l’Anatolie orientale et le nord de l’actuel Irak, facilitant une attaque contre les Mamelouks. Le 24 août 1516, les Ottomans remportent ainsi la bataille de Marj Dabiq2. Quelques mois après, ils s’emparent de l’Egypte en exécutant le dernier sultan mamelouk, Al-Achraf Tuman Bay. La bataille de Marj Dabiq constitue à ce titre un engagement militaire décisif dans l’histoire du Moyen-Orient.

Dabiq, symbole de l’ultime bataille entre les forces du bien et celles du mal

Ville syrienne située à une quarantaine de kilomètres au nord d’Alep, Dabiq a été conquise non sans mal par l’organisation terroriste en août 2014 alors qu’elle ne revêt aucune utilité stratégique dans la région. C’est la valeur symbolique du lieu qui intéresse Daesh. La ville est en effet présentée comme le lieu eschatologique par excellence où l’armée des justes l’emportera sur les forces du mal3. Illustration de la symbolique accordée à Dabiq, le groupe terroriste a donné son nom à son magazine de propagande anglophone. A la sortie du premier numéro, Daesh expliquait que la ville constituait le lieu où se réaliserait la prophétie annonçant la fin des temps :

« En ce qui concerne le nom de ce magazine, il est pris d’un endroit nommé Dabiq situé au nord de la région d’Alep, cet endroit est mentionné dans un hadith qui décrit les malâhim (ce que l’on nomme parfois en français l’Armageddon). L’une des grandes batailles qui aura lieu entre les musulmans et les croisés se déroulera à Dabiq […] Selon ce hadith cet endroit jouera un rôle historique dans la bataille qui emmènera à la conquête de Constantinople puis de Rome.  »

Contrairement aux traditions juive et chrétienne, les prophéties eschatologiques islamiques ne sont pas rédigées en une séquence narrative continue, mais sont évoquées dans des hadiths faisant référence à la fin des temps4. Parmi ceux-ci, tombés le plus souvent dans l’oubli, Daesh a fait renaître de ses cendres le hadith sur Dabiq :

«L’Heure [du Jugement] ne se lèvera pas tant que les Romains ne camperont pas dans le cours inférieur de l’Oronte (al-A‘mâq) ou à Dabiq. Alors s’ébranlera contre eux une armée de Médine, composée des meilleurs habitants de la terre. Quand les deux armées seront sur le point de s’affronter, les Romains diront : « Laissez-nous la main libre avec ceux qui ont pris des prisonniers parmi nous : nous irons combattre ceux-là seulement ». Mais les musulmans répondront : « Non, par Dieu. Nous ne vous laisserons pas la main libre contre nos frères ». Et le combat fera rage. Un tiers [des musulmans] prendra la fuite, vaincu : Dieu n’acceptera jamais leur repentir. Un tiers sera tué : ils seront auprès de Dieu les martyrs les meilleurs. Et un tiers remportera la victoire et ils n’auront plus à craindre de dissension : ceux-là conquerront Constantinople. Et tandis qu’ils se trouveront partager le butin, et qu’ils auront pendu leurs épées aux oliviers, voilà que Satan criera faussement parmi eux : « L’Antéchrist a pris votre place dans vos familles ! ». Ils sortiront alors de Constantinople. Quand ils arriveront en Syrie, Satan sortira contre eux. Tandis qu’ils se prépareront à le combattre et serreront les rangs, voilà que viendra le temps de la prière. Alors Jésus fils de Marie descendra [du ciel] pour diriger la prière. Quand l’ennemi de Dieu le verra, il se dissoudra comme le sel dans l’eau. Et s’il le laissait aller, il se dissoudrait jusqu’à disparaître. Mais Dieu le tuera de la main de Jésus et leur montrera son sang sur la pointe de sa lance. »5


Ce hadith provient du recueil de Abu al-Hussein Muslim ben al-Hajjaj (c.815 - 875), érudit perse considéré par les sunnites comme l’un des plus grands faqîh (juristes musulmans) et théologiens. Selon Martino Diez, l’état de guerre quasi-permanent en Syrie et en Anatolie byzantine au VII et VIIème siècles aurait « pu stimuler la formation de matériel apocalyptique qui inscrit dans ce contexte d’hostilité séculaire les événements terribles liés à l’avènement de l’Heure »6.

D’autres hadiths évoquent également le Jour du Jugement, mais à Damas ou Jérusalem :

« La meilleure garnison de musulmans au jour de la Grande Mêlée sera située à Ghûta, à proximité de Damas, l’une des meilleures villes du Shâm »

Abû Al Dardâ, compagnon du prophète

  •  
« Six signes indiqueront l’approche de l’Heure dernière : ma mort, la conquête de Jérusalem, la peste qui vous emportera comme la peste emporte le mouton, l’augmentation des biens au point qu’on donnera 100 dinars à un homme sans qu’il soit satisfait, puis une épreuve qui entrera dans chaque maison arabe. Puis, une trêve entre vous et les Banou Asfar qui trahiront et vous attaqueront sous 80 drapeaux avec 12000 hommes sous chaque drapeau ».


Mouhammad al-Boukhari, compagnon du prophète

En outre, la récurrence de l’anaphore « L’Heure ne se lèvera pas tant que…» dans le recueil de Muslim ben al-Hajjaj peut laisser penser que plusieurs « scénarios » de « l’Heure » existent7. Contrairement aux arguments développés par Daesh, la bataille de Dabiq ne serait pas l’unique événement annonçant la fin des temps. Selon Martino Diez, c’est parce que l’Etat islamique s’est emparé de la majorité de la Syrie septentrionale qu’il confère « une importance particulière à cette tradition [ou « hadith »]». Cette réappropriation des écrits induit une actualisation des termes du hadith. Les Romains, c’est à dire les Byzantins, doivent être compris comme étant les Occidentaux d’aujourd’hui. Constantinople ayant été conquise par les musulmans en 1453, elle devient Rome pour les membres de Daesh.

Les textes sacrés, un support pour justifier les actions du groupe terroriste

Le messianisme a toujours été l’un des moteurs du monde arabo-musulman. Daesh en a fait une « arme pour galvaniser ses troupes et légitimer ses projets politico-religieux »8. En piochant dans les textes sacrés, l’organisation terroriste tente de construire un discours justifiant ses exactions et son combat. Abou Moussad Al-Zarqaoui9 aurait ainsi déclaré :

« La flamme s’est allumée en Irak et elle va augmenter par la permission d’Allah jusqu’à brûler les armées croisées à Dabiq ».10


La vidéo « See you in Dabiq », diffusée en novembre 2015 par le centre médiatique de l’organisation terroriste, al-Hayat, mettait en scène des chars de l’organisation terroriste roulant vers le Colisée réduit en miettes et une ville de Rome détruite. Elle constituait une mise en images de la volonté de l’Etat islamique de précipiter les événements annonçant la fin du monde. En effet, par le biais de nombreux effets spéciaux, appuyés par une voix off expliquant que l’armée de Dabiq affrontera Rome, détruira les croix et asservira les femmes chrétiennes, cette scénarisation voulait faire croire que la prophétie était en train de se réaliser. Mais en s’attribuant le droit de parler et d’agir à la place de Dieu, les membres de l’organisation islamique oublient que, dans la religion musulmane, seul ce dernier est maître du destin des hommes.



Références bibliographiques :

« L’apocalypse d’hier à demain », Le Monde des Religions, Hors-série, n° 26, juin 2016.

Emma AUBIN-BOLTANSKI avec Claudine GAUTHIER, « Penser la fin du monde », Ouvrage collectif, CNRS Edition, 2014.

Gérard DEGEORGE, « Damas, des origines aux Mamluks », L’Harmattan, 1997.


1 Aujourd’hui Caldiran, près du lac de Van, en Turquie.

2 Marj Dabiq signifie « la prairie de Dabiq » en turc.

3 Les membres de Daesh se considèrent comme cette « armée des justes ».

4 Les hadiths forment un recueil abyssal d’«actes » et de « paroles » du Prophète rapportés par ses compagnons.


6 Docteur en Etudes orientales de l’Université Ca ’Foscari de Venise et directeur scientifique de la fondation Oasis (créée en 2004, elle a pour projet d’étudier les interactions entre chrétiens et musulmans) ; « Pourquoi la revue de l’Etat islamique s’appelle Dabiq », lundi 4 mai 2015, [www.oasiscenter.eu], consulté le 09 août 2016.


8 « L’apocalypse d’hier à demain », Le Monde des Religions, Hors-série, n° 26, juin 2016, p. 66.

9 Responsable d’Al-Qaida en Irak, mort en 2006 à Bakouba (Irak).


10 Dabiq, n°1, 5 juillet 2014.

1 commentaire:

  1. mehdi mountather19 octobre 2016 à 13:32

    Ces crimes des marionnettes de la franc maçonnerie Daech Boko Haram et les israéliens en Palestine pour satisfaire satan l'ouragan Matthew la mort de satan c'est la fin du monde si la fin du monde 21.10.2016 aux non musulmans de se convertir a l'islam et aux musulmans d'appliquer le Coran a 100% pour éviter l'enfer.

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