lundi 19 octobre 2015

Al-Baghdadi, l'autoproclamé calife de Daech, est-il un escroc ?

Abou Bakr Al-Baghdadi, "calife" d' ISIS, est-il un escroc ?
Autoproclamé calife, la vie de cet homme à la moralité plus que douteuse est très énigmatique. Et ce, pour une raison extrêmement simple : le très ambitieux Al-Baghdadi n'est pas légitime dans la fonction de calife.

Pour pallier cela, son parcours semble être caractérisé par une succession de mensonges ; d'ailleurs, on ne sait même pas s'il est encore vivant ou si, lourdement handicapé (touché à la colonne vertébrale lors d'un raid aérien américain), il se terre comme l’a fait Oussama Ben Laden au Pakistan pendant presque 10 ans, avant de se faire tuer par les forces spéciales américaines.
Au-delà des nombreuses rumeurs à son égard (certains avancent qu'il est un ex-agent du Mossad nommé Simon Elliot, s'appuyant sur des documents Wikileaks attribués à Snowen), une chose est cependant certaine : il n'est absolument pas celui qu'il déclare.


Quelle légitimité Abou Bakr al-Baghdadi a-t-il pour être proclamé « calife » de l’ « Etat islamique » ?   Réponse : aucune.Quelle légitimité Abou Bakr al-Baghdadi a-t-il pour être proclamé « calife » de l’ « Etat islamique » ?

Réponse : aucune.

En octobre dernier, des membres de Daesh avaient appelé tous les musulmans à prêter allégeance au « calife », croyant que leur leader était le descendant du prophète Mahomet, et du fait de ses connaissances religieuses, il serait le véritable « commandeur des croyants ». Étudions ces deux points.

Pour être reconnu calife, 3 conditions principales doivent être réunies, il faut :
  • Etre arabe, membre d’une lignée descendant du prophète Mahomet
  • Etre théologien (ouléma), parmi les meilleurs dans la science et la religion
  • Par ailleurs, il semblerait que toute nomination du Calife doit se faire en concertation avec la "communauté" (oumma). C'est d'ailleurs ce que rappelait récemment Al-Zawahiri, le chef d'Al- Qaeda, citant plusieurs sources médiévales

Or :
- Son appartenance à la prestigieuse tribu mecquoise des Quraychites n'est pas vérifiée ni encore moins prouvée, et même plutôt contestée…
- il n'est pas ouléma, et, son doctorat et son passé de prêcheur sont contestés (voir notre article),
- Il n'a pas été désigné par la Oumma, de ce fait, une très large majorité des musulmans ne reconnaissent donc pas sa légitimité (C’est le cas des Frères musulmans).

Par ailleurs, l'image de Baghdadi est fortement caractérisée par ses actes totalement opposés à  l'Islam : à commencer par les viols successifs (notamment l'otage américaine Kayla Mueller), la rumeur du port d'une montre de luxe (supposée de marque Omega), sa brutalité, etc.Par ailleurs, son image est fortement caractérisée par ses actes totalement opposés à  l'Islam : à commencer par les viols successifs (notamment l'otage américaine Kayla Mueller), la rumeur du port d'une montre de luxe (supposée de marque Omega), sa brutalité, etc.




 Par ailleurs, l'image de Baghdadi est fortement caractérisée par ses actes totalement opposés à  l'Islam : à commencer par les viols successifs (notamment l'otage américaine Kayla Mueller), la rumeur du port d'une montre de luxe (supposée de marque Omega), sa brutalité, etc.
Les différents chefs des autres groupes djihadistes sont sans égard à son encontre et le considère comme un usurpateur, un danger pour l'Islam.
Al-Zawahiri : "Nous ne reconnaissons pas ce califat ... Nous ne considérons pas Abou Bakr al-Baghdadi comme digne du califat".
Ayman al-Zawahiri, chef du réseau terroriste Al-Qaïda, successeur de Ben Laden à propos de la légitimité de ce califat (21/09/15, dans le Printemps islamique 3, déclaration audio): 
  • "nous avons fait allégeance au Mollah Omar, le Commandeur des croyants, et personne ne peut proclamer un Califat sans le consulter"
  • « Le contexte actuel ne permettant pas de remplir réellement toutes ces obligations, personne ne peut prétendre être Calife. »
  • «Le Califat doit être proclamé par la consultation avec la Oumma » .
  • le choix d'un calife peut être fait uniquement avec l'accord de la Oumma.
  • "Nous ne reconnaissons pas ce califat ... Nous ne considérons pas Abou Bakr al-Baghdadi comme digne du califat".

Les différents chefs des autres groupes djihadistes sont sans égard à son encontre et le considère comme un usurpateur, un danger pour l'Islam. Ayman al-Zaouahiri accuse (Enregistrement audio diffusé le 05/10/15) Abou Bakr al-Baghdadi, de "s'emparer du mouvement djihadiste".
Il indique que l'EI était sous le commandement de Ben Laden lui même sous celui du Mollah Omar.
Baghdadi, comme lui-même, a juré allégeance à l'ancien dirigeant taliban, le mollah Omar en Afghanistan - qu'il a ensuite trahi. Il ajoute que “Daech a détourné et violé les règles du djihad et a transformé ses combattants en des gens qui veulent aller en enfer au lieu des cieux."
Tu fais couler le sang et attaque les musulmans afin de régner”, “Le califat de Baghdadi est un califat d’explosions, de dommages et de destruction”, « Exproprier le pouvoir par la force et par l'épée est un crime contre la doctrine islamique." ajoute-t-il.
L’EI force ceux sous sa domination à se convertir à l'islam et obéir aux règles de l'organisation islamiste. "Faire prononcer des serments d'allégeance par la force" explique al-Zaouahiri.
De plus, Abou Mohamed al-Jolani, chef du réseau terroriste Front Al-Nosra, branche syrienne d'Al-Qaïda :

Il a assuré lors d'un entretien diffusé par la chaîne de télévision qatarie Al-Jazeera (03/06/15), que le califat que veut instaurer son rival, le groupe État islamique (EI), était "illégitime".
"Ils ont annoncé un califat, mais les érudits rejettent cela comme étant illégitime. Cela ne se fonde pas sur la loi islamique", a-t-il ajouté
Les combattants de l'EI "ne se sont pas conformés aux ordres que nous avions (...), entre autres de ne pas provoquer d'explosions sur les marchés ou de ne pas tuer de gens dans les mosquées", a-t-il dit. Il a également accusé l'État islamique de "ne pas combattre sérieusement le régime" du président Assad.

«  Ce calife (en allusion à Abou Baker al-Baghdadi) est illégitime. Même s’il annonce le califat mille fois, personne ne devrait se faire avoir »


En septembre 2014, le grand mufti d’Arabie saoudite, Abdel Aziz Al-Cheikh, autorisait dorénavant les musulmans à tuer les combattants de l’État islamique (EI), des musulmans comme eux, mais qui font du mal à leurs coreligionnaires et à la religion elle-même.

Ahmed al-Tayeb, le cheikh d’Al-Azhar (l’une des plus prestigieuses institutions de l’islam sunnite ; basée en Égypte) avait qualifié à son tour de criminels les djihadistes de Daech. En février 2015, le cheikh a été plus loin et a appelé à « tuer et crucifier » les « terroristes » du groupe État islamique (EI), après l’exécution ce mois-là d’un pilote jordanien brûlé vif par l’organisation djihadiste ultra-radicale.Ahmed al-Tayeb, le cheikh d’Al-Azhar (l’une des plus prestigieuses institutions de l’islam sunnite ; basée en Égypte) avait qualifié à son tour de criminels les djihadistes de Daech. En février 2015, le cheikh a été plus loin et a appelé à « tuer et crucifier » les « terroristes » du groupe État islamique (EI), après l’exécution ce mois-là d’un pilote jordanien brûlé vif par l’organisation djihadiste ultra-radicale.Un jour plus tard, Ahmed al-Tayeb, le cheikh d’Al-Azhar (l’une des plus prestigieuses institutions de l’islam sunnite ; basée en Égypte) avait qualifié à son tour de criminels les djihadistes de Daech. En février 2015, le cheikh a été plus loin et a appelé à « tuer et crucifier » les « terroristes » du groupe État islamique (EI), après l’exécution ce mois-là d’un pilote jordanien brûlé vif par l’organisation djihadiste ultra-radicale.



De plus en plus, le monde musulman ; première victime se tourne contre Daech. Les fatwas se multiplient, condamnant Al-Baghdadi et son organisation terroriste.


lundi 5 octobre 2015

Comment devenir gourou ? Inch Allah... (d’après Psychologie des foules de Gustave Le Bon)


Abou Bakr al-Baghdadi a beau se dire descendant du prophète Mahomet, de la lignée des Abbassides, et s’autoproclamer « calife », il n’en demeure pas moins un homme plus inspiré par les grands principes de la manipulation des foules que par la parole divine.

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Capture d'écran de la vidéo du prêche d’al-Baghdadi publiée le 6 juillet 2014

 

L’héritier du prophète

  Le 29 juin 2014, Abou Bakr al-Baghdadi s’autoproclame calife, c’est-à-dire chef suprême, tant spirituel que temporel, de la communauté musulmane, et devient « calife Ibrahim ».Ainsi, il reprend son prénom d’origine, puisqu’il est né Ibrahim Awad Ibrahim Al-Badry, après s’être fait appeler Abou Bakr al-Baghdadi al-Husseini al-Qurashi, al Qurashi faisant référence au clan du prophète. Le titre de calife, le mot arabe « khalifa » signifiant « successeur », lui confère donc l’aura du prophète Mahomet en l’intégrant à sa lignée, dont son nom d’emprunt fait mention.

 

La méthode infaillible pour devenir un gourou 

 au nom d’Allah en 5 leçons




Outre cet héritage bricolé, cette résistible ascensioni répond à un mécanisme devenu classique depuis sa théorisation au XIXe siècle par Gustave Le Bon. En effet, dès 1895, dans Psychologie des foules, ce médecin postule que le groupe n’est pas la juxtaposition d’individus, mais que le sentiment communautaire lui confère une « âme » propre. Cette théorie devient vite très populaire auprès des dirigeants des états démocratiques, mais aussi des dictatures. Manifestement, elle n’est pas étrangère non plus à al-Baghdadi.


Etape 1 : Avoir une révélation


« Le meneur a d’abord été le plus souvent un mené hypnotisé par l’idée dont il est ensuite devenu l’apôtre. Elle l’a envahi au point que tout disparaît en dehors d’elle, et que toute opinion contraire lui paraît erreur et superstition. »ii 

Ainsi, Gustave Le Bon nous explique qu’un meneur n’est pas forcément particulièrement brillant, mais qu’il a une foi inébranlable en sa croyance. Al-Baghdadi, même s’il s’impose comme un guide spirituel est avant tout un homme d’action. Ce qui le motive fondamentalement ce n’est pas la foi. En effet, quel que soit les fragilités et les mystères que posent sa croyance, il ne peut les interroger au risque de remettre en question le système sur lequel sa vie repose toute entière. La radicalisation de sa pensée en est donc la clé de voute.
  
Baghdadi propagande Daesh Etat islamique gourou psychologie des foules Gustave
Infographie pro-djihadiste diffusée sur Twitter

Etape 2 : Identifier sa « foule-cible »


Tout d’abord, la foule, telle que décrite par Le Bon, n’est pas un rassemblement dû au hasard, mais une réunion d’individus soumis à une forte stimulation émotionnelle, et donc en état de suggestibilité.

Al-Baghdadi n’a pas eu à chercher « sa » foule très loin : l’Irak après le joug de la dictature de Saddam Hussein et depuis l’intervention des Etats-Unis est à feu et à sang et la guerre civile sévit en Syrie. Nombre d’esprits échauffés, épuisés ou encore déstabilisés par le chaos sont prêts à recevoir un message promettant l’ordre, la stabilité et la fraternité.
De la même manière, les jeunes européens qui ne trouvent pas leur place au sein de leur communauté sont séduits par l’aventure du djihad qui, ils l’imaginent, donnera un sens à leur vie, voire à leur mort. Seuls devant leur écran, ils se laissent envahir par les produits de propagande que DAESH met en ligne avec leur iconographie, leur vocabulaire et la promesse de rejoindre une société soudée qui construit son idéal avec une détermination qui excuse les pires violences.



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Infographies pro-djihadistes diffusées sur Twitter

Etape 3 : Bâtir sa doctrine

« Créer la foi, qu’il s’agisse de foi religieuse, politique ou sociale, de foi en une œuvre, en une personne, en une idée, tel est surtout le rôle des grands meneurs. »

Là non plus il n’est pas question de débattre, d’argumenter ni de philosopher. Al-Baghdadi entend imposer une pratique religieuse à la pureté mythique, qu’il situe au temps de la dynastie des Abbassides, qui a régné de 750 à 1258, et considéré comme l’âge d’or de l’Islam. Il sert ainsi aux égarés, malheureux, faibles… un référentiel et un modèle comportemental fonctionnel qui les inscrit dans une dynamique salutaire en les dispensant de réfléchir à leur façon d’être au monde. Le despotisme du leader n’apparaît donc pas comme un frein pour ses disciples mais comme une rigueur extrême et rassurante, révélatrice de son orthodoxie.
 
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Infographie diffusée sur Twitter 

Etape 4 : Induire son message par l’affirmation et la répétition

« L’affirmation pure et simple, dégagée de tout raisonnement et de toute preuve, constitue un sûr moyen de faire pénétrer une idée dans l’esprit des foules. Plus l’affirmation est concise, dépourvue de preuves et de démonstration, plus elle a d’autorité. »

Le discours de Al-Baghdadi du 29 juin 2014 ne produit pas de preuves mais repose autour d’une formule magique au caractère universel « Allah a dit » suivie une affirmation rendue incontestable par l’autorité du calife.

« Cette dernière n’acquiert cependant d’influence réelle qu’à la condition d’être constamment répétée, et le plus possible, dans les mêmes termes. »

Ainsi, le vocabulaire de la propagande de DAESH fait appel à un corpus de mots limités, on y retrouve systématiquement les combattants, les mécréants, la vérité, la fraternité… De la même manière, certains thèmes sont inlassablement exploités comme la justice pour les croyants, la douceur de vie au Sham, les bienfaits de la soumission à la volonté divine contre les châtiments…

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Film de propagande djihadiste diffusé sur Twitter
  

Etape 5 : Laisser se propager ses commandements par contagion

« Dans les foules, les idées, les sentiments, les émotions, les croyances possèdent un pouvoir contagieux aussi intense que celui des microbes. »

Fort de la connaissance de ce phénomène Al-Baghdadi en démultiplie les effets par une politique de communication redoutable en mettant en ligne une multitude de produit de propagande tels que des compositions iconographiques, photographies, films, magazines en ligne…, dont les exemples fourmillent sur internet.
 
Film de propagande djihadiste diffusé sur Twitter


Prestige et prestidigitateur


 
Cette méthode étant parfaitement appliquée, Al-Baghdadi n’a plus qu’à jouir de ce que Le Bon appelle le prestige.
« Le prestige est en réalité une sorte de fascination qu’exerce sur notre esprit un individu, une œuvre ou une doctrine. Cette fascination paralyse toutes nos facultés critiques et remplit notre âme d’étonnement et de respect. »

Il distingue tout d’abord le prestige acquis qui fait référence au nom, à la fortune ou la réputation et qui est décorrélé de la valeur intrinsèque de l’individu. Ainsi, lorsqu’Al-Baghdadi se présente comme le nouveau calife et qu’il arbore sa longue barbe, son turban et son abaya, véritable uniforme du « vrai » musulman, il cultive son image de messager d’Allah.
Quant au prestige de sa doctrine, il lui fait prendre son origine dans l’histoire de l’Orient et affiche sa puissance par la propagande. A cet effet, les événements à faire connaître sont soigneusement choisis et savamment dosés entre la démonstration de l’immense fraternité qui anime les fidèles et l’impitoyable terreur qu’ils cherchent à infliger à ceux qu’ils considèrent comme leurs ennemis, c’est-à-dire les musulmans non salafistes radicaux, les juifs, les chrétiens, les homosexuels…, en diffusant des vidéos parfaitement scénarisées d’exécutions barbares dont les modes défient l’imagination.

En revanche, Al-Baghdadi ne semble pas être doté d’un exceptionnel prestige personnel que Le Bon nommerait certainement aujourd’hui le charisme. En effet, bien qu’il soit particulièrement discret, sans doute par stratégie, il a été décrit comme un étudiant médiocre qui faute d’être reçu en faculté de droit s’est tourné vers la théologie.
 
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Capture d'écran Twitter


Ainsi, le succès d’un gourou reposerait donc sur deux principes d’une grande simplicité : 
- apparaître comme l’Elu qui détient la vérité divine,
- et proposer une vision dichotomique du monde, avec ceux qui croient et seront sauvés et les autres,
ce qui permet ensuite d’être élitiste, de ne pas tolérer la controverse, d’exiger la soumission, d’annihiler les facultés de raisonnement de ses disciples, de terroriser ceux qui sortiraient de leur transe, d’éliminer ceux qui, en conscience, ne lui auraient pas fait allégeance… et de figurer dans le TOP10 des terroristes les plus recherchés, dont la capture est récompensée par 10 millions de dollars offerts par le gouvernement des Etats-Unis.


i Cf La résistible ascension d’Arturo Ui, pièce de théâtre de Bertolt Brecht de 1941 qui évoque, en la transposant, l’accession d’Hitler au pouvoir.
ii Les citations de cet article sont extraites de Psychologie des foules, Gustave Le Bon, Collection Quadrige, Editions PUF, 1963.

jeudi 1 octobre 2015

DAR-AL-ISLAM N°6: Le dernier argument ? L’ultime justification; aveu de l’échec ?

daech propagande Daesh ISIS Dar al islam Etat islamique manipulation propagandeDaech a publié il y a quelques jours le 6è exemplaire de sa revue de propagande francophone.


Comme d’habitude, tous les articles sont truffés de citations du Coran et des Hadiths, ces citations formant toute l’armature du texte (en réalité lui-même absent de contenu). On se demande bien à qui s’adresse cette propagande, ou du moins qui est en mesure de la comprendre, tant certaines références et termes n’apparaissent nulle part ailleurs en sources ouvertes…
Heureusement, il y a quelques images (qui ne sont pas toujours en rapport avec le texte…)
Après une courte phrase critiquant la France qui « veut tuer ses ressortissants qui ont décidé de quitter cette terre de mécréance pour vivre libre [….]»…c’est parti pour 25 pages de bonheur…
Très difficile-donc- de comprendre clairement ces 25 premières pages (la moitié du magazine), si ce n’est qu’elles sont exclusivement consacrées à un profond (?) dénigrement des opposants de Daech. Ils sont considérés comme des traitres ou des égarés Les uns après les autres. Dans l’ordre (la liste est longue !) :
  • Les imams de Brest (Rachid Abou Houdaya), Bordeaux (Tareq Oubrou, né au Maroc),
  • Allouch (Libanais d’extrème gauche,Alliance du 14 Mars, pro ASL),
  • AL-Fawzan & Al Ash-Sheikh (leaders wahhabites saoudiens),
  • précheur d’Al Jazeera,
  • le roi Salman Al Saoud (Arabie Saoudite) ,
  • les presidents du Tchad, du Nigeria,
  • les leaders des autres mouvements salafistes et jihadistes,
  • le marocain Kettani,
  • Al Maqdisi (jihadiste salafiste islamiste jordano-palestinien),
  • Ayman al Zawahiri (chef d’Al Qaïda),
  • Al- Tartousi (Syrien, pro ASL, « mufti de l’opposition »),
  • Omar El-Haddouchi (imam salafiste marocain ayant refusé d’être le mufti de Daech)…
  • […]
Rien que ça…
Tous ces « détracteurs », aussi éminents et reconnus soient-ils dans le monde musulman (voire islamiste) sont des récents « égarés » ….
En ces temps où Daech est profondément haï et condamné de toutes parts à coups de fatwas successives (1000 imams indiens, la haute autorité égyptienne Al- Azhar, des imams canadiens etc.), que des millions d’immigrants fuient le Proche Orient vers l’Europe, et où de plus en plus de candidats au jihad font machine arrière et tentent de « déserter », on constate que Daesh est profondément préoccupé par son image qui attire de moins en moins
Misant fortement sur le recrutement francophone, cette propagande de Daesh vise donc à tenter de se disculper et justifier face à la multitude d’accusations et fatwas qui fusent à son égard ces dernières semaines….
En effet, l’ « actualité Daesh »de ces dernières semaines a été particulièrement centrée sur les oppositions avec les autres mouvements jihadistes ainsi que les témoignages d’ex-jihadistes de plus en plus nombreux… Ces derniers relatant la vérité sur le sort des « combattants » européens ayant rejoint le « sham », dénoncent le mensonge de la propagande de Daesh, les conditions de vie, le rôle de second plan qui leur fut attribué (les seuls qui sont allé au front furent des « combattants à usage unique » qui ne sont plus en mesure de témoigner…), mais aussi la corruption des leaders de l’auto proclamé Etat Islamique, l’usage de drogue, l’atrocité des crimes, l’assassinat de musulmans locaux etc…
Daesh leur a menti, les a trahis. Certains en sont carrément définitivement dégoutés de l’Islam.
Ce magazine s’adresse donc à un public francophone, et fait suite aux campagnes « anti-immigration » qu’avait lancé Al-Hayat ces dernières semaines, menaçant d’apostasie, colère d’Allah, etc. Le discours ne convainc pas, il ne convainc plus…
Le magazine poursuit son charabia à coup d’ ’Irjâ », « mourjias » et autres « Khawârij » tâghoût sur lesquelles il philosophe très longuement.
« Dans As-Sounnah, il est rapporté par ‘Abdoullâh ibn Ahmad ceci : « Mon père m’a dit (l’imam Ahmad), que Aswad ibn ‘Âmir lui a dit : J’ai entendu Aboû Bakr ibn ‘Iyyâch dire : ceux là (les mourija) sont plus à craindre, selon moi,[…] »

Les lecteurs peineront à dénicher la clef de lecture (dans l’hypothèse où celle-ci existe) et passeront bien vite à la 2ème partie du magazine, plus ludique, et bien plus généreuse en « belles images ». Ils n’en demeureront pas moins déçus par la quasi inexistence de « success stories » et images chocs dont ils étaient plutôt friands…
Poursuivons notre « lecture »….
Daesh nous ressort une jolie infographie (sans davantage de texte ni article) à propos du dinar d’or… qui semble déjà tombé dans l’oubli…un « pétard mouillé », comme nous le prédisions il y a un mois…
En p 28-32; « Femmes de martyrs, conseils et règles »…
Le magazine consacre 5 pages aux règles auxquelles sont soumises les femmes de terroristes, veuves de « pseudos djihadistes » morts en commettant des attentats suicides, ou « au combat ». Sont abordés longuement les détails techniques de la viduité (veuvage, ou Idda) : longueur de cette période, ce qui est interdit et autorisés etc. Mais aussi les « contreparties » : péchés « immédiatement pardonnés », arrivée immédiate au paradis, absence du châtiment de la tombe…
Deux points intéressants :
- Le « martyr » intercéderait pour 70 de ses proches etc... (MAIS…sous certaines conditions, si Allah donne sa permission…)
« Par contre si l’impatience pousse la femme du martyr à rentrer en terre de mécréance, à choisir la vie au milieu des mécréants sur celle au milieu des musulmans, à préférer les lois du Tâghoût sur celle de l’Islâm qu’elle n’espère aucune récompense et aucune intercession ! »
- Par ailleurs, ladite mort était programmée, écrite 50 000 ans avant la création de la Terre… il ne faut donc pas « se laisser entendre par le diable » en se disant «  s’il n’avait été au combat ce jour-là, il n’aurait pas été tué »… Et pourtant… !? De plus, bien que son corps soit déchiqueté…Daech déclare qu’il n’a pas souffert…
On sent bien là que Daech cherche à répondre à un phénomène précis touchant ces femmes … sont-elles dégoutées ? Se sentent-elles flouées par ce qui leur a été « vendu » ? Au-delà des basses besognes auxquelles elles sont assignées, et la forte déception que rencontrent la plupart d’entre elles, elles ont par-dessus le marché le cœur brisé, et la quasi impossibilité de retrouver une vie normale… Qu’à cela ne tienne, Daesh n’est surtout pas décidé à les laisser filer…

En effet, il semblerait que si pendant longtemps, les français(es) partant rejoindre les rangs de Daech étaient destinés aux tâches non combattantes loin du front (faire le ménage, enterrer les morts…), la situation semble avoir partiellement changée, ceux-ci étant envoyés rapidement en mission suicide : plus le temps de s’entraîner !
A en croire les témoignages des quelques survivant(e)s qui parviennent à s’enfuir, ceux -qui comprenant la supercherie de Daech- souhaitent s’affranchir du joug de l’organisation…risquent d’être exécutés... C’est donc... la mort ou... la mort… Avis aux amateurs.

lundi 21 septembre 2015

Le "Golden Dinar 3/3). De l’utopie au pétard mouillé : Pourquoi il est impossible que le dinar d’or de Daech remplisse l’effet escompté ?



Nous allons aborder ici les incohérences techniques du lancement du dinar de Daech. Elles sont –très- nombreuses !
  • Pas de taux de change
Cette initiative poursuit un but idéologique. "Comme à l’époque des rois du Moyen-Âge, cela leur permettra de fixer arbitrairement la valeur des choses selon leur propre code moral, sans qu’il soit possible de faire des comparaisons internationales, puisque personne d’autre n’utilise cette monnaie et qu’il n’existera pas de taux de change”, explique Pascal de Lima, directeur de cabinet de conseil EcoCell et spécialiste du système financier.

Mais ces métaux permettront à cette monnaie de ne pas être convertible et de fixer arbitrairement la valeur des choses selon le code moral de l'EI Puisque personne d'autre n'utilise cette monnaie, des comparaisons internationales seraient impossibles et le taux de change serait inexistant.
  • Usage impossible en dehors des « frontière de l’auto-proclamé Etat Islamique »
Des experts en finance estiment qu’il est très peu probable que la monnaie de Daech se développe au niveau international. A l’heure de la transparence bancaire, aucune institution financière crédible ne pourra en effet l’accepter. Cette nouvelle devise ne peut être reconnue officiellement et ne pourra donc pas servir à des échanges en dehors du territoire contrôlé par ce groupe.

De plus, le billet vert risque de toujours rester la référence en termes de transactions : l'embargo financier décrété par la communauté internationale à l'encontre du mouvement terroriste devrait dissuader tous ses fournisseurs de se faire payer dans une monnaie aussi compromettante que celle de l'EI.
« C'est comme des diamants de guerre (blood diamonds), » explique David Phillips, ancien conseiller des Nations Unies, aujourd'hui à l'Institute for the Study of Human Rights de l'université de Columbia. Il expliquait au New-York Times, l'année passée, « Aucune institution financière crédible ne va accepter ça. »
“Personne, en dehors du territoire contrôlé par Daech, n’acceptera cette monnaie (…). Finalement, cette devise est un outil de propagande médiatique”, conclut lui aussi l’économiste irakien Jameel Basim.

vendredi 18 septembre 2015

Le "Golden Dinar" (2/3) : double but de propagande

En introduction de cette vidéo de propagande, le narrateur énonce clairement le but du lancement de cette monnaie, telle une démonstration de force : « Retour de la mesure suprême de richesse dans le monde : entrée en force du Califat dans la finance afin d’asséner le deuxième coup (Le 1er étant l’attaque terroriste du 11 Septembre 2001) au système esclavagiste capitaliste de l’Amérique et de réduire en ruine le dollar frauduleux »
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De même, dans un communiqué publié en novembre 2014, le département financier de Daech avait affirmé que cette monnaie visait à remplacer «le système monétaire tyrannique imposé aux musulmans» et à les libérer du «mercantilisme et de l'oppression économique satanique». Autrement dit s’affranchir du dollar américain (et de toute autre monnaie comprenant des taux d’intérêts) qu’il estime injuste, une devise de référence dans les transactions commerciales au Proche-Orient.
En effet, seule la finance islamique est acceptée, laquelle prohibe les taux d'intérêt.
Interrogé par L'Orient-Le Jour, Charles Wiplosz explique que cette annonce est plutôt une « attitude antiaméricaine pour essayer de se passer du dollar qui circule beaucoup dans la région, surtout en termes d'échange et de commerce ».
Certes, il y a réellement derrière cela une forte ambition d’affaiblir le dollar, et contrer au maximum son hégémonie. Nous analyserons ce point dans les parties suivantes. De façon induite et plus officieuse, la diffusion de ladite vidéo:
  • Vise à tenter de créer une légitimité & crédibilité nécessaires à un réel Etat 
    Dans sa grande ambition de recréer un califat, Daech cherche une légitimité au travers de cette monnaie qui se veut être un marqueur très fort de souveraineté : le moyen de s'affirmer en tant qu'État avec l’ensemble de ses attributs. "Frapper sa monnaie est un pouvoir régalien, l'État islamique entend donc signifier aux yeux du monde qu'il est légitime" précise Jérôme Héricourt, économiste au Centre d'études prospectives et d'informations internationales (CEPII). A terme, il est évident que le pseudo-état vise à étendre à la fois son influence mais également ses frontières autoproclamées (ce qu’il annonce ou prévient), et pourquoi pas obtenir une reconnaissance de d’autres états.
  • Est in fine une tentative pour remonter le moral des combattants de l’organisation, après de nombreux récents revers sur le champ de bataille, comme l’exprime Jameel Basim, économiste installé à Bagdad, et cité par le site Bloomberg Business.
Daech cherche de nouveaux moyens et méthodes pour fidéliser et recruter ses combattants locaux mais aussi et surtout étrangers.

jeudi 17 septembre 2015

Le «Golden Dinar» (1/3) : propagande hollywoodienne de Daech


Golden dinar or propagande zoroastrien etat islamique fraude manipulation
       Dans une vidéo de 55 minutes intitulée « The Rise of the Khilafah and the Return of the Gold Dinar » (« L'essor du califat et le retour du dinar d’or »), mélange de pseudo cours d'économie islamique et teaser d’annonce hollywoodien ; al-Hayat Media Center -le département média-propagande de Daech- présente avec un goût de réchauffé, la création d'une monnaie unique nommée « dinar d’or » (en réalité déjà annoncée officiellement le 14 novembre 2014, mais dont le départ avait été quelque peu manqué, semble-t-il).
La vidéo (mise en ligne le 29 août 15) explique que la monnaie de l'organisation terroriste sera composée de pièces d'or, d'argent et de cuivre. Le narrateur en voix off en langue anglaise, déclare que l'or est « la seule mesure de la richesse qui vaille ».
Les premières photos de cette monnaie circulent sur les réseaux sociaux depuis juin 2015. Aucun billet mais des pièces en or, argent et bronze, sonnantes et trébuchantes comme au bon vieux temps, sur lesquelles figurent les inscriptions «l’État islamique» et «le califat» ainsi que le poids et la valeur de la monnaie.
L’auto proclamé état Islamique se targue d’avoir certainement la monnaie la plus forte au monde : 
Baghdadi propagande Daesh Etat islamique dinar d'or Golden Dinar return khalifahUn gag ! Un dinar de Daech (21 carat) vaut 139 US$. Quand on sait que les salaires mensuels moyens en Syrie et Irak sont compris entre 150 et 500 US$… faut-il davantage de démonstration pour conclure qu’il s’agit là au pire d’une propagande, au mieux d’une vaste mascarade (/ supercherie) à haute valeur symbolique ? 
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Nous allons développer plus en détail les nombreuses incohérences techniques de cette propagande. Afin de mieux comprendre l’effet souhaité par le lancement de ce dinar d’or, remontons à son origine. Nous développerons ensuite les buts de cette propagande, son contenu, puis enfin les conséquences de celle-ci. 


Daech exhume le dinar zoroastrien
Le dinar est loin d’être une nouveauté, mais la résurrection d’une vieille monnaie : c’est à l’origine une ancienne monnaie romaine.
Les premiers dinars d’or musulmans apparaissent autour de 695, sous Abd Al-Malik (5è calife omeyyade, « émir des croyants »). Il s’agirait des copies des dinars d’argent zoroastriens de Yezdegerd III, souverain d'Iran (Perse) de la dynastie des Sassanides.
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La différence entre le dinar musulman et le dinar zoroastrien serait l’inscription en arabe « au nom d’Allah ».
Il n’est pas superflu de souligner que le zoroastrisme né il y a environ 4.000 ans au Kurdistan irakien (et qui était dominante dans le monde perse jusqu’au VIIe siècle), serait l’une des origines du culte yézidi, ennemi juré de Daech, qui considère cette religion -respectant le feu comme symbole divin- comme la plus mécréante (hérétique). 
Par ailleurs, le zoroastrisme -plus ancien monothéisme du monde- enregistre un afflux de nouveaux fidèles en réaction aux atrocités de l’organisation de l'auto proclamé État islamique. Un phénomène inverse du temps où les zoroastriens se convertissaient à l’islam pour fuir les contraintes de leur propre religion.

mardi 18 août 2015

Analyse d'un film de propagande : la supposée histoire de la vie d'Abu Suhayb





Daech est connu pour ses productions dramatiques dans lesquelles les exécutions par décapitation ou armes à feu sont légion, toutes aussi choquantes qu’insoutenables. Il existe cependant des vidéos dans lesquelles aucune scène d’exécution n’est à relever. Aux apparences inoffensives, elles sont le reflet de la riche capacité de propagande de Daech et surtout de la réactivité des réalisateurs de son organe de communication AL-HAYAT MEDIA CENTER.  Diffusé le 8 mars 2015, un film de 15 minutes illustre bien cette capacité. La vidéo met en scène un homme qui se présente comme étant un ancien séminariste français témoignant avec sérénité, passion voire mysticisme de sa conversion à l’islam. Dès les premières secondes, les chants et la voix suave de ce vieil homme enveloppe le spectateur dans une atmosphère de sérénité. L’ambiance colorée évoque une douce lumière dorée du matin, l’histoire commence, l’histoire de la vie D’Abu Suhayb al-Faranci. L’espace de quelques secondes le spectateur croirait regarder un reportage des émissions religieuses Les chemins de la foi diffusées par France 2 le dimanche matin. Dans le cas présent c’est sur le chemin de la propagande Daechienne que nous guide ce vieillard.
A travers un discours démonstratif louant le bonheur d’une vérité trouvée dans l’islam, le narratif du vidéogramme a pour intention la persuasion du bien-fondé et de la liberté de ce choix. Jouant de l’image d’un sage patriarche qui légitime ses paroles, Abu Suhayb al-Faransi discoure sereinement selon une rhétorique reprenant les thématiques  récurrentes de Daech : la vérité, la pureté, la sécurité, l’opposition des vrais et mauvais musulmans, la réalité et l’inexorable extension de l’islam.

mardi 4 août 2015

Moi, Abu Yanis Al Farancy, djihadiste et "junkie à l’adrénaline"

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« Dans la vie, j'ai eu le choix entre l'amour, la drogue et la mort. J'ai choisi les deux premières et c'est la troisième qui m'a choisi... »

Jim Morrison



Cet article aborde les hypothèses psychologiques et biologiques qui sous-tendent l’exposition d’un individu au danger du jihad et tente de répondre à la question de savoir si le jihad peut être considéré comme une dépendance.

En effet, la forte activation de certains neurotransmetteurs face au danger pourrait agir comme un renforçateur "addictogène" dans la mesure où elle efface une émotion déplaisante, selon le modèle du coping du stress1 focalisé sur l'émotion. De plus, un mimétisme pharmacologique semble possible, car l'effet ressenti des catécholamines2 pourrait contrefaire certains effets des drogues stimulantes.

Pour rappel, cette question de la prise de risque a été au cœur de la réflexion relative aux addictions bien avant les développements récents de la neurobiologie, notamment à travers les réflexions anthropologiques relatives aux conduites ordaliques (cf. monographies de Le Breton3 et d'Olievenstein4).

Le terme de conduites à risque ou ordaliques, appliqué aux individus désireux de rejoindre daech, s’impose de plus en plus pour signaler une série de comportements disparates dont le trait commun consiste dans l’exposition de soi à une probabilité certaine d’être blessé ou tuer, d’hypothéquer son avenir personnel, ou de mettre sa santé en danger.