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mardi 27 octobre 2015

De plus en plus, le monde musulman se tourne contre l’EI : de nombreuses fatwas condamnent Daech


fatwaUne fatwa est un avis juridique (ou décret religieux) donné par un spécialiste de la loi islamique sur une question particulière. Nous allons aborder ici le cas de plusieurs fatwas lancées par un grand nombre de dignitaires religieux reconnus, dénonçant des actes allant à l’encontre des principes de l’Islam.

L’une des premières fatwas formelles dans le monde visant le groupe djihadiste ultra-radical et ses activités de recrutement semble dater du 1er Octobre 2014 :

  •  Pakistan Ulema CouncilLe Pakistan Ulema Council (PUC) –pourtant très islamiste (ayant encouragé les attaques suicides contre les Américains en Afghanistan)- déclare dans une fatwa que Daech est non islamique et ses activités contraires aux enseignements de l’Islam mais aussi de la tradition établie par les califes. Ainsi, « aucun musulman ne peut soutenir ces actes ».
Le décret déclare que les attaques de Daech contre les musulmans, mais aussi contre les chrétiens, les tribus yézidies, les mosquées et lieux de cultes des autres religions, ont déjà été rejetées et condamnées par la Oumma islamique (communauté des musulmans), le Grand mufti d’Arabie ainsi que de nombreux érudits religieux. Le PUC appelle la jeunesse à ne pas coopérer avec ces organisations qui font la promotion de la violence et du terrorisme et agissent contre les enseignements de l’Islam.
Le PUC et l’Inter-faith Harmony Council International ont décidé de formuler une opinion commune quant à la situation en Syrie et Irak.


  • TIULe 15 Juillet 2015, plus de 50 dignitaires religieux pakistanais du Tanzeem Ittehad-e-Ummat (TIU, organisation islamique pakistanaise favorable au rétablissement d’un califat) déclaraient à leur tour une fatwa contre Daech et s’appuyant sur une précédente fatwa, rappelaient que la méthodologie du jihad de Daesh est contraire à l’Islam.




Plusieurs autres fatwas ont été récemment lancées :


"Les agissements de Daesh sont inhumains et non-islamiques. L'Islam n’autorise même pas le meurtre d’un animal. Ce que fait Daesh abîme l’image de l’Islam", a déploré Mohammed Misbahi, leader religieux de Mumbai

A noter que l’Inde abrite actuellement la troisième plus grande communauté musulmane du monde avec 177 millions de musulmans, très légèrement derrière le Pakistan (178 millions) et l’Indonésie (204 millions). Cette communauté, qui deviendra dans un avenir proche la première communauté musulmane dans le monde, est peu touchée par le jihad et n’est pratiquement pas représentée dans les rangs de Daech.
Les religieux craignent surtout une propagation des idées de Daech sur les réseaux sociaux, montrant ainsi aux jeunes une image erronée de l’Islam.
"Il n’y a aucun doute sur le fait que l’État Islamique abime l’image de l’Islam. L’Islam n’autorise pas le meurtre des gens au nom de la religion. Ce qu’ils font aux femmes … L’Islam nous apprend à respecter les femmes", déclarait Abdul Rehman Anjaria, président du conseil consultatif de la Grande Mosquée de New Delhi. 



Dans le reste du monde musulman non plus, Daech est loin de faire l’unanimité :
"Vous avez fait à tort de l'islam une religion de dureté, brutalité, torture et meurtre", écrivent-ils, "c'est une grosse erreur et une offense à l'islam, aux musulmans et aumonde entier." Parmi les signataires, figurent l'actuel et l'ancien grand mufti d'Egypte, Chaouki Allam, le sultan nigérian de Sokoto ou encore le chef de la grande organisation indonésienne Muhammadiyah. Huit éminences de l'université Al-Azhar du Caire, la plus haute autorité de l'enseignement sunnite, ont également signé cette lettre qui condamne fermement les meurtres commis par Daesh. "Reconsidérez vos actions, renoncez-y, repentez-vous en, cessez de faire du mal aux autres et retournez à la religion de la miséricorde", concluent-ils.
  • « La démarche de Daech viole la charia et a des conséquences dangereuses sur les sunnites en Irak et sur la révolte en Syrie", a déclaré le prédicateur qatari Youssef Al-Qaradaoui, considéré comme l'éminence grise des Frères musulmans.
« Daech, qui est un groupe connu par ses atrocités et ses vues radicales ne sert pas le projet islamique", a-t-il affirmé dans un communiqué de l'Union mondiale des oulémas musulmans qu'il préside. Ce dernier précise également que le titre du calife devait être "accordé par la nation musulmane entière" et ne pouvait être usurpé par un groupe.


- «Le Califat doit être proclamé par la consultation avec la Oumma », de même, le choix d'un calife peut être fait uniquement avec l'accord de la Oumma.
- "Nous ne reconnaissons pas ce califat ... Nous ne considérons pas Abou Bakr al-Baghdadi comme digne du califat".
Ayman al-Zawahiri accuse Abou Bakr al-Baghdadi, de "s'emparer du mouvement djihadiste".
Il indique que l'EI était sous le commandement de Ben Laden, lui-même sous celui du Mollah Omar. Baghdadi, comme lui-même, a prêté allégeance à l'ancien dirigeant taliban, le mollah Omar en Afghanistan - qu'il a ensuite trahi. Il ajoute que “Daech a détourné et violé les règles du djihad et a transformé ses combattants en des gens qui veulent aller en enfer au lieu des cieux."
Tu fais couler le sang et attaque les musulmans afin de régner, “Le califat de Baghdadi est un califat d’explosions, de dommages et de destruction, « Exproprier le pouvoir par la force et par l'épée est un crime contre la doctrine islamique." ajoute-t-il.
L’EI force ceux sous sa domination à se convertir à l'islam et obéir aux règles de l'organisation islamiste. "Faire prononcer des serments d'allégeance par la force" explique al-Zaouahiri.


Ainsi, depuis un an de très nombreuses autorités du monde musulman ont condamné Daech les unes après les autres. Elles ont déclaré l’organisation comme étant hors de l’islam et contraire aux enseignements d’Allah.
Al-Azhar

lundi 5 octobre 2015

Comment devenir gourou ? Inch Allah... (d’après Psychologie des foules de Gustave Le Bon)


Abou Bakr al-Baghdadi a beau se dire descendant du prophète Mahomet, de la lignée des Abbassides, et s’autoproclamer « calife », il n’en demeure pas moins un homme plus inspiré par les grands principes de la manipulation des foules que par la parole divine.

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Capture d'écran de la vidéo du prêche d’al-Baghdadi publiée le 6 juillet 2014

 

L’héritier du prophète

  Le 29 juin 2014, Abou Bakr al-Baghdadi s’autoproclame calife, c’est-à-dire chef suprême, tant spirituel que temporel, de la communauté musulmane, et devient « calife Ibrahim ».Ainsi, il reprend son prénom d’origine, puisqu’il est né Ibrahim Awad Ibrahim Al-Badry, après s’être fait appeler Abou Bakr al-Baghdadi al-Husseini al-Qurashi, al Qurashi faisant référence au clan du prophète. Le titre de calife, le mot arabe « khalifa » signifiant « successeur », lui confère donc l’aura du prophète Mahomet en l’intégrant à sa lignée, dont son nom d’emprunt fait mention.

 

La méthode infaillible pour devenir un gourou 

 au nom d’Allah en 5 leçons




Outre cet héritage bricolé, cette résistible ascensioni répond à un mécanisme devenu classique depuis sa théorisation au XIXe siècle par Gustave Le Bon. En effet, dès 1895, dans Psychologie des foules, ce médecin postule que le groupe n’est pas la juxtaposition d’individus, mais que le sentiment communautaire lui confère une « âme » propre. Cette théorie devient vite très populaire auprès des dirigeants des états démocratiques, mais aussi des dictatures. Manifestement, elle n’est pas étrangère non plus à al-Baghdadi.


Etape 1 : Avoir une révélation


« Le meneur a d’abord été le plus souvent un mené hypnotisé par l’idée dont il est ensuite devenu l’apôtre. Elle l’a envahi au point que tout disparaît en dehors d’elle, et que toute opinion contraire lui paraît erreur et superstition. »ii 

Ainsi, Gustave Le Bon nous explique qu’un meneur n’est pas forcément particulièrement brillant, mais qu’il a une foi inébranlable en sa croyance. Al-Baghdadi, même s’il s’impose comme un guide spirituel est avant tout un homme d’action. Ce qui le motive fondamentalement ce n’est pas la foi. En effet, quel que soit les fragilités et les mystères que posent sa croyance, il ne peut les interroger au risque de remettre en question le système sur lequel sa vie repose toute entière. La radicalisation de sa pensée en est donc la clé de voute.
  
Baghdadi propagande Daesh Etat islamique gourou psychologie des foules Gustave
Infographie pro-djihadiste diffusée sur Twitter

Etape 2 : Identifier sa « foule-cible »


Tout d’abord, la foule, telle que décrite par Le Bon, n’est pas un rassemblement dû au hasard, mais une réunion d’individus soumis à une forte stimulation émotionnelle, et donc en état de suggestibilité.

Al-Baghdadi n’a pas eu à chercher « sa » foule très loin : l’Irak après le joug de la dictature de Saddam Hussein et depuis l’intervention des Etats-Unis est à feu et à sang et la guerre civile sévit en Syrie. Nombre d’esprits échauffés, épuisés ou encore déstabilisés par le chaos sont prêts à recevoir un message promettant l’ordre, la stabilité et la fraternité.
De la même manière, les jeunes européens qui ne trouvent pas leur place au sein de leur communauté sont séduits par l’aventure du djihad qui, ils l’imaginent, donnera un sens à leur vie, voire à leur mort. Seuls devant leur écran, ils se laissent envahir par les produits de propagande que DAESH met en ligne avec leur iconographie, leur vocabulaire et la promesse de rejoindre une société soudée qui construit son idéal avec une détermination qui excuse les pires violences.



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Infographies pro-djihadistes diffusées sur Twitter

Etape 3 : Bâtir sa doctrine

« Créer la foi, qu’il s’agisse de foi religieuse, politique ou sociale, de foi en une œuvre, en une personne, en une idée, tel est surtout le rôle des grands meneurs. »

Là non plus il n’est pas question de débattre, d’argumenter ni de philosopher. Al-Baghdadi entend imposer une pratique religieuse à la pureté mythique, qu’il situe au temps de la dynastie des Abbassides, qui a régné de 750 à 1258, et considéré comme l’âge d’or de l’Islam. Il sert ainsi aux égarés, malheureux, faibles… un référentiel et un modèle comportemental fonctionnel qui les inscrit dans une dynamique salutaire en les dispensant de réfléchir à leur façon d’être au monde. Le despotisme du leader n’apparaît donc pas comme un frein pour ses disciples mais comme une rigueur extrême et rassurante, révélatrice de son orthodoxie.
 
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Infographie diffusée sur Twitter 

Etape 4 : Induire son message par l’affirmation et la répétition

« L’affirmation pure et simple, dégagée de tout raisonnement et de toute preuve, constitue un sûr moyen de faire pénétrer une idée dans l’esprit des foules. Plus l’affirmation est concise, dépourvue de preuves et de démonstration, plus elle a d’autorité. »

Le discours de Al-Baghdadi du 29 juin 2014 ne produit pas de preuves mais repose autour d’une formule magique au caractère universel « Allah a dit » suivie une affirmation rendue incontestable par l’autorité du calife.

« Cette dernière n’acquiert cependant d’influence réelle qu’à la condition d’être constamment répétée, et le plus possible, dans les mêmes termes. »

Ainsi, le vocabulaire de la propagande de DAESH fait appel à un corpus de mots limités, on y retrouve systématiquement les combattants, les mécréants, la vérité, la fraternité… De la même manière, certains thèmes sont inlassablement exploités comme la justice pour les croyants, la douceur de vie au Sham, les bienfaits de la soumission à la volonté divine contre les châtiments…

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Film de propagande djihadiste diffusé sur Twitter
  

Etape 5 : Laisser se propager ses commandements par contagion

« Dans les foules, les idées, les sentiments, les émotions, les croyances possèdent un pouvoir contagieux aussi intense que celui des microbes. »

Fort de la connaissance de ce phénomène Al-Baghdadi en démultiplie les effets par une politique de communication redoutable en mettant en ligne une multitude de produit de propagande tels que des compositions iconographiques, photographies, films, magazines en ligne…, dont les exemples fourmillent sur internet.
 
Film de propagande djihadiste diffusé sur Twitter


Prestige et prestidigitateur


 
Cette méthode étant parfaitement appliquée, Al-Baghdadi n’a plus qu’à jouir de ce que Le Bon appelle le prestige.
« Le prestige est en réalité une sorte de fascination qu’exerce sur notre esprit un individu, une œuvre ou une doctrine. Cette fascination paralyse toutes nos facultés critiques et remplit notre âme d’étonnement et de respect. »

Il distingue tout d’abord le prestige acquis qui fait référence au nom, à la fortune ou la réputation et qui est décorrélé de la valeur intrinsèque de l’individu. Ainsi, lorsqu’Al-Baghdadi se présente comme le nouveau calife et qu’il arbore sa longue barbe, son turban et son abaya, véritable uniforme du « vrai » musulman, il cultive son image de messager d’Allah.
Quant au prestige de sa doctrine, il lui fait prendre son origine dans l’histoire de l’Orient et affiche sa puissance par la propagande. A cet effet, les événements à faire connaître sont soigneusement choisis et savamment dosés entre la démonstration de l’immense fraternité qui anime les fidèles et l’impitoyable terreur qu’ils cherchent à infliger à ceux qu’ils considèrent comme leurs ennemis, c’est-à-dire les musulmans non salafistes radicaux, les juifs, les chrétiens, les homosexuels…, en diffusant des vidéos parfaitement scénarisées d’exécutions barbares dont les modes défient l’imagination.

En revanche, Al-Baghdadi ne semble pas être doté d’un exceptionnel prestige personnel que Le Bon nommerait certainement aujourd’hui le charisme. En effet, bien qu’il soit particulièrement discret, sans doute par stratégie, il a été décrit comme un étudiant médiocre qui faute d’être reçu en faculté de droit s’est tourné vers la théologie.
 
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Capture d'écran Twitter


Ainsi, le succès d’un gourou reposerait donc sur deux principes d’une grande simplicité : 
- apparaître comme l’Elu qui détient la vérité divine,
- et proposer une vision dichotomique du monde, avec ceux qui croient et seront sauvés et les autres,
ce qui permet ensuite d’être élitiste, de ne pas tolérer la controverse, d’exiger la soumission, d’annihiler les facultés de raisonnement de ses disciples, de terroriser ceux qui sortiraient de leur transe, d’éliminer ceux qui, en conscience, ne lui auraient pas fait allégeance… et de figurer dans le TOP10 des terroristes les plus recherchés, dont la capture est récompensée par 10 millions de dollars offerts par le gouvernement des Etats-Unis.


i Cf La résistible ascension d’Arturo Ui, pièce de théâtre de Bertolt Brecht de 1941 qui évoque, en la transposant, l’accession d’Hitler au pouvoir.
ii Les citations de cet article sont extraites de Psychologie des foules, Gustave Le Bon, Collection Quadrige, Editions PUF, 1963.

jeudi 1 octobre 2015

DAR-AL-ISLAM N°6: Le dernier argument ? L’ultime justification; aveu de l’échec ?

daech propagande Daesh ISIS Dar al islam Etat islamique manipulation propagandeDaech a publié il y a quelques jours le 6è exemplaire de sa revue de propagande francophone.


Comme d’habitude, tous les articles sont truffés de citations du Coran et des Hadiths, ces citations formant toute l’armature du texte (en réalité lui-même absent de contenu). On se demande bien à qui s’adresse cette propagande, ou du moins qui est en mesure de la comprendre, tant certaines références et termes n’apparaissent nulle part ailleurs en sources ouvertes…
Heureusement, il y a quelques images (qui ne sont pas toujours en rapport avec le texte…)
Après une courte phrase critiquant la France qui « veut tuer ses ressortissants qui ont décidé de quitter cette terre de mécréance pour vivre libre [….]»…c’est parti pour 25 pages de bonheur…
Très difficile-donc- de comprendre clairement ces 25 premières pages (la moitié du magazine), si ce n’est qu’elles sont exclusivement consacrées à un profond (?) dénigrement des opposants de Daech. Ils sont considérés comme des traitres ou des égarés Les uns après les autres. Dans l’ordre (la liste est longue !) :
  • Les imams de Brest (Rachid Abou Houdaya), Bordeaux (Tareq Oubrou, né au Maroc),
  • Allouch (Libanais d’extrème gauche,Alliance du 14 Mars, pro ASL),
  • AL-Fawzan & Al Ash-Sheikh (leaders wahhabites saoudiens),
  • précheur d’Al Jazeera,
  • le roi Salman Al Saoud (Arabie Saoudite) ,
  • les presidents du Tchad, du Nigeria,
  • les leaders des autres mouvements salafistes et jihadistes,
  • le marocain Kettani,
  • Al Maqdisi (jihadiste salafiste islamiste jordano-palestinien),
  • Ayman al Zawahiri (chef d’Al Qaïda),
  • Al- Tartousi (Syrien, pro ASL, « mufti de l’opposition »),
  • Omar El-Haddouchi (imam salafiste marocain ayant refusé d’être le mufti de Daech)…
  • […]
Rien que ça…
Tous ces « détracteurs », aussi éminents et reconnus soient-ils dans le monde musulman (voire islamiste) sont des récents « égarés » ….
En ces temps où Daech est profondément haï et condamné de toutes parts à coups de fatwas successives (1000 imams indiens, la haute autorité égyptienne Al- Azhar, des imams canadiens etc.), que des millions d’immigrants fuient le Proche Orient vers l’Europe, et où de plus en plus de candidats au jihad font machine arrière et tentent de « déserter », on constate que Daesh est profondément préoccupé par son image qui attire de moins en moins
Misant fortement sur le recrutement francophone, cette propagande de Daesh vise donc à tenter de se disculper et justifier face à la multitude d’accusations et fatwas qui fusent à son égard ces dernières semaines….
En effet, l’ « actualité Daesh »de ces dernières semaines a été particulièrement centrée sur les oppositions avec les autres mouvements jihadistes ainsi que les témoignages d’ex-jihadistes de plus en plus nombreux… Ces derniers relatant la vérité sur le sort des « combattants » européens ayant rejoint le « sham », dénoncent le mensonge de la propagande de Daesh, les conditions de vie, le rôle de second plan qui leur fut attribué (les seuls qui sont allé au front furent des « combattants à usage unique » qui ne sont plus en mesure de témoigner…), mais aussi la corruption des leaders de l’auto proclamé Etat Islamique, l’usage de drogue, l’atrocité des crimes, l’assassinat de musulmans locaux etc…
Daesh leur a menti, les a trahis. Certains en sont carrément définitivement dégoutés de l’Islam.
Ce magazine s’adresse donc à un public francophone, et fait suite aux campagnes « anti-immigration » qu’avait lancé Al-Hayat ces dernières semaines, menaçant d’apostasie, colère d’Allah, etc. Le discours ne convainc pas, il ne convainc plus…
Le magazine poursuit son charabia à coup d’ ’Irjâ », « mourjias » et autres « Khawârij » tâghoût sur lesquelles il philosophe très longuement.
« Dans As-Sounnah, il est rapporté par ‘Abdoullâh ibn Ahmad ceci : « Mon père m’a dit (l’imam Ahmad), que Aswad ibn ‘Âmir lui a dit : J’ai entendu Aboû Bakr ibn ‘Iyyâch dire : ceux là (les mourija) sont plus à craindre, selon moi,[…] »

Les lecteurs peineront à dénicher la clef de lecture (dans l’hypothèse où celle-ci existe) et passeront bien vite à la 2ème partie du magazine, plus ludique, et bien plus généreuse en « belles images ». Ils n’en demeureront pas moins déçus par la quasi inexistence de « success stories » et images chocs dont ils étaient plutôt friands…
Poursuivons notre « lecture »….
Daesh nous ressort une jolie infographie (sans davantage de texte ni article) à propos du dinar d’or… qui semble déjà tombé dans l’oubli…un « pétard mouillé », comme nous le prédisions il y a un mois…
En p 28-32; « Femmes de martyrs, conseils et règles »…
Le magazine consacre 5 pages aux règles auxquelles sont soumises les femmes de terroristes, veuves de « pseudos djihadistes » morts en commettant des attentats suicides, ou « au combat ». Sont abordés longuement les détails techniques de la viduité (veuvage, ou Idda) : longueur de cette période, ce qui est interdit et autorisés etc. Mais aussi les « contreparties » : péchés « immédiatement pardonnés », arrivée immédiate au paradis, absence du châtiment de la tombe…
Deux points intéressants :
- Le « martyr » intercéderait pour 70 de ses proches etc... (MAIS…sous certaines conditions, si Allah donne sa permission…)
« Par contre si l’impatience pousse la femme du martyr à rentrer en terre de mécréance, à choisir la vie au milieu des mécréants sur celle au milieu des musulmans, à préférer les lois du Tâghoût sur celle de l’Islâm qu’elle n’espère aucune récompense et aucune intercession ! »
- Par ailleurs, ladite mort était programmée, écrite 50 000 ans avant la création de la Terre… il ne faut donc pas « se laisser entendre par le diable » en se disant «  s’il n’avait été au combat ce jour-là, il n’aurait pas été tué »… Et pourtant… !? De plus, bien que son corps soit déchiqueté…Daech déclare qu’il n’a pas souffert…
On sent bien là que Daech cherche à répondre à un phénomène précis touchant ces femmes … sont-elles dégoutées ? Se sentent-elles flouées par ce qui leur a été « vendu » ? Au-delà des basses besognes auxquelles elles sont assignées, et la forte déception que rencontrent la plupart d’entre elles, elles ont par-dessus le marché le cœur brisé, et la quasi impossibilité de retrouver une vie normale… Qu’à cela ne tienne, Daesh n’est surtout pas décidé à les laisser filer…

En effet, il semblerait que si pendant longtemps, les français(es) partant rejoindre les rangs de Daech étaient destinés aux tâches non combattantes loin du front (faire le ménage, enterrer les morts…), la situation semble avoir partiellement changée, ceux-ci étant envoyés rapidement en mission suicide : plus le temps de s’entraîner !
A en croire les témoignages des quelques survivant(e)s qui parviennent à s’enfuir, ceux -qui comprenant la supercherie de Daech- souhaitent s’affranchir du joug de l’organisation…risquent d’être exécutés... C’est donc... la mort ou... la mort… Avis aux amateurs.