mercredi 21 octobre 2015

L'imposture d'Al-Baghdadi, leader de Daech : une biographie montée de toutes pièces

Les deux principaux mensonges de son parcours

Le 29 juin 2014, premier jour du mois de Ramadan, Ibrahim Awad Ibrahim Ali al-Badri (dit Abou Bakr al-Baghdadi al-Husseini al-Qurashi, anciennement Abou Du'a), se proclame calife de l'État islamique (calife Ibrahim). Cet acte majeur est le début d’une grande imposture dans l’Islam contemporain. En effet, rien ni personne n’a pu déterminer avec certitude son ascendance avec le prophète Mahomet ni même vérifier ses compétences théologiques et surtout religieuses.


Une ascendance et une ferveur religieuse contestée

Né dans l'est de l'Irak (les sources divergent quant à sa ville de naissance) en 1971, Al-Baghdadi est un djihadiste irakien. Sa jeunesse est méconnue et sa biographie précise difficilement vérifiable. Issu d'une famille rurale et pauvre, certains le décrivent comme un ancien agriculteur. Le chercheur irakien Hisham al-Hashimi rencontre Al-Baghdadi à la fin des années 1990. Selon lui, il n'avait alors « pas le charisme d'un chef [...] il était très timide et parlait peu ».

Afin de justifier une descendance liée à celle du prophète Mahomet, Al-Baghdadi attache le patronyme « Al-Qurashi » à son nom. Cette mention fait référence au clan des Quraych dont est issu le Prophète. Cependant, aucun lien avec ce clan n’a pu être démontré et encore moins prouvé par des documents officiels (généalogie…).

Des journaux européens ayant enquêté sur le parcours de Baghdadi le décrivent comme mauvais élève. Il aurait été refusé par l'armée à cause de sa myopie, malgré son appartenance à la minorité sunnite au pouvoir. N'ayant pu intégrer une faculté de droit, il se rabat, par défaut vers des études en théologie.

Sa carrière de prédicateur est même très contestée. Certaines sources affirment qu'il prêchait à la mosquée Ibn Hanbal Ahmad à Samarra, ainsi qu'à la Grande Mosquée à Bagdad, à la prière du vendredi. Mais l'analyste irakien Sajad Jiyad et beaucoup d'autres pensent qu'il ne s'agirait que de manœuvres pour créer de toute pièce une légitimité au leader de Daech
D'autres rumeurs le décrivent comme un ex-espion à la solde des services occidentaux (Cf. notre prochain article). 
Si l’on en croit un document de l’Agence Gouvernementale américaine Freedom of Information Act, déclassifiée en février 2015 (équivalent français de la CNIL), l’ennemi public N°1 exerçait la profession de secrétaire, bien loin des champs belliqueux. Il officiait dans un bureau administratif de Falloujah, dans le centre de l’Irak. Ce rapport a été révélé par le journal britannique Business Insider.
L'Armée américaine a consigné des informations sur la détention d'al-Baghdadi lors de son incarcération en 2004 en Irak.
Fichier déclassifié sur al-Baghdadi
De plus, Sajad Jiyad déclare qu'il n'a pas trouvé le moindre indice d'une quelconque ferveur religieuse dans la jeunesse de Baghdadi, et doute fortement de son passé religieux : « Je serais surpris s’il était une personne religieuse, comme la plupart des Irakiens qui se sont impliqués dans des groupes djihadistes étaient baasistes laïques avant 2003 ».

La véracité de ses diplômes est tout aussi douteuse que ses aptitudes à la pratique de la religion.

Un doctorat contesté

Il rentre à l'université à 20 ans en 1991, au moment où la guerre éclate suite à l'invasion du Koweit la même année. L’Irak est sous contrôle américain. Il fait deux ans d'études à Bagdad sans qu’aucune preuve n'ait été établie et ne justifiant pas d’un quelconque doctorat.

Cette histoire de diplôme obtenu à l'université théologique de Bagdad (ouverte en 1989) ne tient pas.
En effet, ses périodes d'emprisonnement entre 2004 et 2009 rendent impossible une formation de ce type qui se fait sur plus de 10 ans. Par ailleurs, personne n'est venu corroborer le fait qu'il ait soutenu une thèse ou obtenu un diplôme. D’ailleurs, tous les doctorats décernés par l'Université de Bagdad entre les années 1995 et 2005 identifient clairement leur auteur. Comment se fait-il que sa thèse ne soit enregistrée nulle part ? Comment a-t-il pu suivre des cours dans une université partiellement détruite lors de la 1ere guerre du Golfe ?

Ainsi, ce doctorat serait une rumeur lancée par les militants pro Daech pour légitimer leur chef (l’articleque lui a consacré Newsweek met sérieusement en doute ce fameux diplôme. ou encore un article du New York Times )
Les discussions relatives à la page Wikipedia qui lui est consacrée soulignent ces éléments très contestés : il semblerait que des militants pro-Daech tentent régulièrement de falsifier sa biographie (en omettant bien sûr de citer des sources pourtant obligatoires, mais... inexistantes !).

On peut y lire notamment :
«  […] pas de titre de la thèse, pas de directeur de mémoire, pas de publication, pas d'année de publication et encore moins de soutenance. De même, l'université de Bagdad peut fournir sans problème les noms des thésards en Islam entre 1995 et 2005, et tous sont répertoriés, annotés, datés, titrés et toutes les thèses sont attribuées. Il n'y en n'a pas une seule avec un nom non identifié (on sait qu'Al Baghdadi aime les alias... Mais là, ça ne marche plus.)
Je pense que c'est quand même le minimum quand on parle d'un thésard, c'est d'avoir sa thèse et sa date de soutenance et de publication.
Bref, je pense donc qu'il est temps désormais d'arrêter de lui attribuer des diplômes qu'il n'a pas. Ou de signaler que ses partisans lui ont inventé l’« histoire de sa vie » en prétendant qu'il s'y connaissait en islam pour le légitimer à son poste de « calife ». Sachant qu'en plus une thèse sur l'islam porte uniquement sur un point spécifique et qu'on y étudie pas la religion en tant que telle, mais un aspect (charia, vie pratique etc…), en aucun cas cela donne des connaissances comme peuvent l'avoir les docteurs en théologie. Bref, même en mentant, il se plante. »

lundi 19 octobre 2015

Al-Baghdadi, l'autoproclamé calife de Daech, est-il un escroc ?

Abou Bakr Al-Baghdadi, "calife" d' ISIS, est-il un escroc ?
Autoproclamé calife, la vie de cet homme à la moralité plus que douteuse est très énigmatique. Et ce, pour une raison extrêmement simple : le très ambitieux Al-Baghdadi n'est pas légitime dans la fonction de calife.

Pour pallier cela, son parcours semble être caractérisé par une succession de mensonges ; d'ailleurs, on ne sait même pas s'il est encore vivant ou si, lourdement handicapé (touché à la colonne vertébrale lors d'un raid aérien américain), il se terre comme l’a fait Oussama Ben Laden au Pakistan pendant presque 10 ans, avant de se faire tuer par les forces spéciales américaines.
Au-delà des nombreuses rumeurs à son égard (certains avancent qu'il est un ex-agent du Mossad nommé Simon Elliot, s'appuyant sur des documents Wikileaks attribués à Snowen), une chose est cependant certaine : il n'est absolument pas celui qu'il déclare.


Quelle légitimité Abou Bakr al-Baghdadi a-t-il pour être proclamé « calife » de l’ « Etat islamique » ?   Réponse : aucune.Quelle légitimité Abou Bakr al-Baghdadi a-t-il pour être proclamé « calife » de l’ « Etat islamique » ?

Réponse : aucune.

En octobre dernier, des membres de Daesh avaient appelé tous les musulmans à prêter allégeance au « calife », croyant que leur leader était le descendant du prophète Mahomet, et du fait de ses connaissances religieuses, il serait le véritable « commandeur des croyants ». Étudions ces deux points.

Pour être reconnu calife, 3 conditions principales doivent être réunies, il faut :
  • Etre arabe, membre d’une lignée descendant du prophète Mahomet
  • Etre théologien (ouléma), parmi les meilleurs dans la science et la religion
  • Par ailleurs, il semblerait que toute nomination du Calife doit se faire en concertation avec la "communauté" (oumma). C'est d'ailleurs ce que rappelait récemment Al-Zawahiri, le chef d'Al- Qaeda, citant plusieurs sources médiévales

Or :
- Son appartenance à la prestigieuse tribu mecquoise des Quraychites n'est pas vérifiée ni encore moins prouvée, et même plutôt contestée…
- il n'est pas ouléma, et, son doctorat et son passé de prêcheur sont contestés (voir notre article),
- Il n'a pas été désigné par la Oumma, de ce fait, une très large majorité des musulmans ne reconnaissent donc pas sa légitimité (C’est le cas des Frères musulmans).

Par ailleurs, l'image de Baghdadi est fortement caractérisée par ses actes totalement opposés à  l'Islam : à commencer par les viols successifs (notamment l'otage américaine Kayla Mueller), la rumeur du port d'une montre de luxe (supposée de marque Omega), sa brutalité, etc.Par ailleurs, son image est fortement caractérisée par ses actes totalement opposés à  l'Islam : à commencer par les viols successifs (notamment l'otage américaine Kayla Mueller), la rumeur du port d'une montre de luxe (supposée de marque Omega), sa brutalité, etc.




 Par ailleurs, l'image de Baghdadi est fortement caractérisée par ses actes totalement opposés à  l'Islam : à commencer par les viols successifs (notamment l'otage américaine Kayla Mueller), la rumeur du port d'une montre de luxe (supposée de marque Omega), sa brutalité, etc.
Les différents chefs des autres groupes djihadistes sont sans égard à son encontre et le considère comme un usurpateur, un danger pour l'Islam.
Al-Zawahiri : "Nous ne reconnaissons pas ce califat ... Nous ne considérons pas Abou Bakr al-Baghdadi comme digne du califat".
Ayman al-Zawahiri, chef du réseau terroriste Al-Qaïda, successeur de Ben Laden à propos de la légitimité de ce califat (21/09/15, dans le Printemps islamique 3, déclaration audio): 
  • "nous avons fait allégeance au Mollah Omar, le Commandeur des croyants, et personne ne peut proclamer un Califat sans le consulter"
  • « Le contexte actuel ne permettant pas de remplir réellement toutes ces obligations, personne ne peut prétendre être Calife. »
  • «Le Califat doit être proclamé par la consultation avec la Oumma » .
  • le choix d'un calife peut être fait uniquement avec l'accord de la Oumma.
  • "Nous ne reconnaissons pas ce califat ... Nous ne considérons pas Abou Bakr al-Baghdadi comme digne du califat".

Les différents chefs des autres groupes djihadistes sont sans égard à son encontre et le considère comme un usurpateur, un danger pour l'Islam. Ayman al-Zaouahiri accuse (Enregistrement audio diffusé le 05/10/15) Abou Bakr al-Baghdadi, de "s'emparer du mouvement djihadiste".
Il indique que l'EI était sous le commandement de Ben Laden lui même sous celui du Mollah Omar.
Baghdadi, comme lui-même, a juré allégeance à l'ancien dirigeant taliban, le mollah Omar en Afghanistan - qu'il a ensuite trahi. Il ajoute que “Daech a détourné et violé les règles du djihad et a transformé ses combattants en des gens qui veulent aller en enfer au lieu des cieux."
Tu fais couler le sang et attaque les musulmans afin de régner”, “Le califat de Baghdadi est un califat d’explosions, de dommages et de destruction”, « Exproprier le pouvoir par la force et par l'épée est un crime contre la doctrine islamique." ajoute-t-il.
L’EI force ceux sous sa domination à se convertir à l'islam et obéir aux règles de l'organisation islamiste. "Faire prononcer des serments d'allégeance par la force" explique al-Zaouahiri.
De plus, Abou Mohamed al-Jolani, chef du réseau terroriste Front Al-Nosra, branche syrienne d'Al-Qaïda :

Il a assuré lors d'un entretien diffusé par la chaîne de télévision qatarie Al-Jazeera (03/06/15), que le califat que veut instaurer son rival, le groupe État islamique (EI), était "illégitime".
"Ils ont annoncé un califat, mais les érudits rejettent cela comme étant illégitime. Cela ne se fonde pas sur la loi islamique", a-t-il ajouté
Les combattants de l'EI "ne se sont pas conformés aux ordres que nous avions (...), entre autres de ne pas provoquer d'explosions sur les marchés ou de ne pas tuer de gens dans les mosquées", a-t-il dit. Il a également accusé l'État islamique de "ne pas combattre sérieusement le régime" du président Assad.

«  Ce calife (en allusion à Abou Baker al-Baghdadi) est illégitime. Même s’il annonce le califat mille fois, personne ne devrait se faire avoir »


En septembre 2014, le grand mufti d’Arabie saoudite, Abdel Aziz Al-Cheikh, autorisait dorénavant les musulmans à tuer les combattants de l’État islamique (EI), des musulmans comme eux, mais qui font du mal à leurs coreligionnaires et à la religion elle-même.

Ahmed al-Tayeb, le cheikh d’Al-Azhar (l’une des plus prestigieuses institutions de l’islam sunnite ; basée en Égypte) avait qualifié à son tour de criminels les djihadistes de Daech. En février 2015, le cheikh a été plus loin et a appelé à « tuer et crucifier » les « terroristes » du groupe État islamique (EI), après l’exécution ce mois-là d’un pilote jordanien brûlé vif par l’organisation djihadiste ultra-radicale.Ahmed al-Tayeb, le cheikh d’Al-Azhar (l’une des plus prestigieuses institutions de l’islam sunnite ; basée en Égypte) avait qualifié à son tour de criminels les djihadistes de Daech. En février 2015, le cheikh a été plus loin et a appelé à « tuer et crucifier » les « terroristes » du groupe État islamique (EI), après l’exécution ce mois-là d’un pilote jordanien brûlé vif par l’organisation djihadiste ultra-radicale.Un jour plus tard, Ahmed al-Tayeb, le cheikh d’Al-Azhar (l’une des plus prestigieuses institutions de l’islam sunnite ; basée en Égypte) avait qualifié à son tour de criminels les djihadistes de Daech. En février 2015, le cheikh a été plus loin et a appelé à « tuer et crucifier » les « terroristes » du groupe État islamique (EI), après l’exécution ce mois-là d’un pilote jordanien brûlé vif par l’organisation djihadiste ultra-radicale.



De plus en plus, le monde musulman ; première victime se tourne contre Daech. Les fatwas se multiplient, condamnant Al-Baghdadi et son organisation terroriste.


lundi 5 octobre 2015

Comment devenir gourou ? Inch Allah... (d’après Psychologie des foules de Gustave Le Bon)


Abou Bakr al-Baghdadi a beau se dire descendant du prophète Mahomet, de la lignée des Abbassides, et s’autoproclamer « calife », il n’en demeure pas moins un homme plus inspiré par les grands principes de la manipulation des foules que par la parole divine.

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Capture d'écran de la vidéo du prêche d’al-Baghdadi publiée le 6 juillet 2014

 

L’héritier du prophète

  Le 29 juin 2014, Abou Bakr al-Baghdadi s’autoproclame calife, c’est-à-dire chef suprême, tant spirituel que temporel, de la communauté musulmane, et devient « calife Ibrahim ».Ainsi, il reprend son prénom d’origine, puisqu’il est né Ibrahim Awad Ibrahim Al-Badry, après s’être fait appeler Abou Bakr al-Baghdadi al-Husseini al-Qurashi, al Qurashi faisant référence au clan du prophète. Le titre de calife, le mot arabe « khalifa » signifiant « successeur », lui confère donc l’aura du prophète Mahomet en l’intégrant à sa lignée, dont son nom d’emprunt fait mention.

 

La méthode infaillible pour devenir un gourou 

 au nom d’Allah en 5 leçons




Outre cet héritage bricolé, cette résistible ascensioni répond à un mécanisme devenu classique depuis sa théorisation au XIXe siècle par Gustave Le Bon. En effet, dès 1895, dans Psychologie des foules, ce médecin postule que le groupe n’est pas la juxtaposition d’individus, mais que le sentiment communautaire lui confère une « âme » propre. Cette théorie devient vite très populaire auprès des dirigeants des états démocratiques, mais aussi des dictatures. Manifestement, elle n’est pas étrangère non plus à al-Baghdadi.


Etape 1 : Avoir une révélation


« Le meneur a d’abord été le plus souvent un mené hypnotisé par l’idée dont il est ensuite devenu l’apôtre. Elle l’a envahi au point que tout disparaît en dehors d’elle, et que toute opinion contraire lui paraît erreur et superstition. »ii 

Ainsi, Gustave Le Bon nous explique qu’un meneur n’est pas forcément particulièrement brillant, mais qu’il a une foi inébranlable en sa croyance. Al-Baghdadi, même s’il s’impose comme un guide spirituel est avant tout un homme d’action. Ce qui le motive fondamentalement ce n’est pas la foi. En effet, quel que soit les fragilités et les mystères que posent sa croyance, il ne peut les interroger au risque de remettre en question le système sur lequel sa vie repose toute entière. La radicalisation de sa pensée en est donc la clé de voute.
  
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Infographie pro-djihadiste diffusée sur Twitter

Etape 2 : Identifier sa « foule-cible »


Tout d’abord, la foule, telle que décrite par Le Bon, n’est pas un rassemblement dû au hasard, mais une réunion d’individus soumis à une forte stimulation émotionnelle, et donc en état de suggestibilité.

Al-Baghdadi n’a pas eu à chercher « sa » foule très loin : l’Irak après le joug de la dictature de Saddam Hussein et depuis l’intervention des Etats-Unis est à feu et à sang et la guerre civile sévit en Syrie. Nombre d’esprits échauffés, épuisés ou encore déstabilisés par le chaos sont prêts à recevoir un message promettant l’ordre, la stabilité et la fraternité.
De la même manière, les jeunes européens qui ne trouvent pas leur place au sein de leur communauté sont séduits par l’aventure du djihad qui, ils l’imaginent, donnera un sens à leur vie, voire à leur mort. Seuls devant leur écran, ils se laissent envahir par les produits de propagande que DAESH met en ligne avec leur iconographie, leur vocabulaire et la promesse de rejoindre une société soudée qui construit son idéal avec une détermination qui excuse les pires violences.



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Infographies pro-djihadistes diffusées sur Twitter

Etape 3 : Bâtir sa doctrine

« Créer la foi, qu’il s’agisse de foi religieuse, politique ou sociale, de foi en une œuvre, en une personne, en une idée, tel est surtout le rôle des grands meneurs. »

Là non plus il n’est pas question de débattre, d’argumenter ni de philosopher. Al-Baghdadi entend imposer une pratique religieuse à la pureté mythique, qu’il situe au temps de la dynastie des Abbassides, qui a régné de 750 à 1258, et considéré comme l’âge d’or de l’Islam. Il sert ainsi aux égarés, malheureux, faibles… un référentiel et un modèle comportemental fonctionnel qui les inscrit dans une dynamique salutaire en les dispensant de réfléchir à leur façon d’être au monde. Le despotisme du leader n’apparaît donc pas comme un frein pour ses disciples mais comme une rigueur extrême et rassurante, révélatrice de son orthodoxie.
 
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Infographie diffusée sur Twitter 

Etape 4 : Induire son message par l’affirmation et la répétition

« L’affirmation pure et simple, dégagée de tout raisonnement et de toute preuve, constitue un sûr moyen de faire pénétrer une idée dans l’esprit des foules. Plus l’affirmation est concise, dépourvue de preuves et de démonstration, plus elle a d’autorité. »

Le discours de Al-Baghdadi du 29 juin 2014 ne produit pas de preuves mais repose autour d’une formule magique au caractère universel « Allah a dit » suivie une affirmation rendue incontestable par l’autorité du calife.

« Cette dernière n’acquiert cependant d’influence réelle qu’à la condition d’être constamment répétée, et le plus possible, dans les mêmes termes. »

Ainsi, le vocabulaire de la propagande de DAESH fait appel à un corpus de mots limités, on y retrouve systématiquement les combattants, les mécréants, la vérité, la fraternité… De la même manière, certains thèmes sont inlassablement exploités comme la justice pour les croyants, la douceur de vie au Sham, les bienfaits de la soumission à la volonté divine contre les châtiments…

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Film de propagande djihadiste diffusé sur Twitter
  

Etape 5 : Laisser se propager ses commandements par contagion

« Dans les foules, les idées, les sentiments, les émotions, les croyances possèdent un pouvoir contagieux aussi intense que celui des microbes. »

Fort de la connaissance de ce phénomène Al-Baghdadi en démultiplie les effets par une politique de communication redoutable en mettant en ligne une multitude de produit de propagande tels que des compositions iconographiques, photographies, films, magazines en ligne…, dont les exemples fourmillent sur internet.
 
Film de propagande djihadiste diffusé sur Twitter


Prestige et prestidigitateur


 
Cette méthode étant parfaitement appliquée, Al-Baghdadi n’a plus qu’à jouir de ce que Le Bon appelle le prestige.
« Le prestige est en réalité une sorte de fascination qu’exerce sur notre esprit un individu, une œuvre ou une doctrine. Cette fascination paralyse toutes nos facultés critiques et remplit notre âme d’étonnement et de respect. »

Il distingue tout d’abord le prestige acquis qui fait référence au nom, à la fortune ou la réputation et qui est décorrélé de la valeur intrinsèque de l’individu. Ainsi, lorsqu’Al-Baghdadi se présente comme le nouveau calife et qu’il arbore sa longue barbe, son turban et son abaya, véritable uniforme du « vrai » musulman, il cultive son image de messager d’Allah.
Quant au prestige de sa doctrine, il lui fait prendre son origine dans l’histoire de l’Orient et affiche sa puissance par la propagande. A cet effet, les événements à faire connaître sont soigneusement choisis et savamment dosés entre la démonstration de l’immense fraternité qui anime les fidèles et l’impitoyable terreur qu’ils cherchent à infliger à ceux qu’ils considèrent comme leurs ennemis, c’est-à-dire les musulmans non salafistes radicaux, les juifs, les chrétiens, les homosexuels…, en diffusant des vidéos parfaitement scénarisées d’exécutions barbares dont les modes défient l’imagination.

En revanche, Al-Baghdadi ne semble pas être doté d’un exceptionnel prestige personnel que Le Bon nommerait certainement aujourd’hui le charisme. En effet, bien qu’il soit particulièrement discret, sans doute par stratégie, il a été décrit comme un étudiant médiocre qui faute d’être reçu en faculté de droit s’est tourné vers la théologie.
 
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Capture d'écran Twitter


Ainsi, le succès d’un gourou reposerait donc sur deux principes d’une grande simplicité : 
- apparaître comme l’Elu qui détient la vérité divine,
- et proposer une vision dichotomique du monde, avec ceux qui croient et seront sauvés et les autres,
ce qui permet ensuite d’être élitiste, de ne pas tolérer la controverse, d’exiger la soumission, d’annihiler les facultés de raisonnement de ses disciples, de terroriser ceux qui sortiraient de leur transe, d’éliminer ceux qui, en conscience, ne lui auraient pas fait allégeance… et de figurer dans le TOP10 des terroristes les plus recherchés, dont la capture est récompensée par 10 millions de dollars offerts par le gouvernement des Etats-Unis.


i Cf La résistible ascension d’Arturo Ui, pièce de théâtre de Bertolt Brecht de 1941 qui évoque, en la transposant, l’accession d’Hitler au pouvoir.
ii Les citations de cet article sont extraites de Psychologie des foules, Gustave Le Bon, Collection Quadrige, Editions PUF, 1963.

jeudi 1 octobre 2015

DAR-AL-ISLAM N°6: Le dernier argument ? L’ultime justification; aveu de l’échec ?

daech propagande Daesh ISIS Dar al islam Etat islamique manipulation propagandeDaech a publié il y a quelques jours le 6è exemplaire de sa revue de propagande francophone.


Comme d’habitude, tous les articles sont truffés de citations du Coran et des Hadiths, ces citations formant toute l’armature du texte (en réalité lui-même absent de contenu). On se demande bien à qui s’adresse cette propagande, ou du moins qui est en mesure de la comprendre, tant certaines références et termes n’apparaissent nulle part ailleurs en sources ouvertes…
Heureusement, il y a quelques images (qui ne sont pas toujours en rapport avec le texte…)
Après une courte phrase critiquant la France qui « veut tuer ses ressortissants qui ont décidé de quitter cette terre de mécréance pour vivre libre [….]»…c’est parti pour 25 pages de bonheur…
Très difficile-donc- de comprendre clairement ces 25 premières pages (la moitié du magazine), si ce n’est qu’elles sont exclusivement consacrées à un profond (?) dénigrement des opposants de Daech. Ils sont considérés comme des traitres ou des égarés Les uns après les autres. Dans l’ordre (la liste est longue !) :
  • Les imams de Brest (Rachid Abou Houdaya), Bordeaux (Tareq Oubrou, né au Maroc),
  • Allouch (Libanais d’extrème gauche,Alliance du 14 Mars, pro ASL),
  • AL-Fawzan & Al Ash-Sheikh (leaders wahhabites saoudiens),
  • précheur d’Al Jazeera,
  • le roi Salman Al Saoud (Arabie Saoudite) ,
  • les presidents du Tchad, du Nigeria,
  • les leaders des autres mouvements salafistes et jihadistes,
  • le marocain Kettani,
  • Al Maqdisi (jihadiste salafiste islamiste jordano-palestinien),
  • Ayman al Zawahiri (chef d’Al Qaïda),
  • Al- Tartousi (Syrien, pro ASL, « mufti de l’opposition »),
  • Omar El-Haddouchi (imam salafiste marocain ayant refusé d’être le mufti de Daech)…
  • […]
Rien que ça…
Tous ces « détracteurs », aussi éminents et reconnus soient-ils dans le monde musulman (voire islamiste) sont des récents « égarés » ….
En ces temps où Daech est profondément haï et condamné de toutes parts à coups de fatwas successives (1000 imams indiens, la haute autorité égyptienne Al- Azhar, des imams canadiens etc.), que des millions d’immigrants fuient le Proche Orient vers l’Europe, et où de plus en plus de candidats au jihad font machine arrière et tentent de « déserter », on constate que Daesh est profondément préoccupé par son image qui attire de moins en moins
Misant fortement sur le recrutement francophone, cette propagande de Daesh vise donc à tenter de se disculper et justifier face à la multitude d’accusations et fatwas qui fusent à son égard ces dernières semaines….
En effet, l’ « actualité Daesh »de ces dernières semaines a été particulièrement centrée sur les oppositions avec les autres mouvements jihadistes ainsi que les témoignages d’ex-jihadistes de plus en plus nombreux… Ces derniers relatant la vérité sur le sort des « combattants » européens ayant rejoint le « sham », dénoncent le mensonge de la propagande de Daesh, les conditions de vie, le rôle de second plan qui leur fut attribué (les seuls qui sont allé au front furent des « combattants à usage unique » qui ne sont plus en mesure de témoigner…), mais aussi la corruption des leaders de l’auto proclamé Etat Islamique, l’usage de drogue, l’atrocité des crimes, l’assassinat de musulmans locaux etc…
Daesh leur a menti, les a trahis. Certains en sont carrément définitivement dégoutés de l’Islam.
Ce magazine s’adresse donc à un public francophone, et fait suite aux campagnes « anti-immigration » qu’avait lancé Al-Hayat ces dernières semaines, menaçant d’apostasie, colère d’Allah, etc. Le discours ne convainc pas, il ne convainc plus…
Le magazine poursuit son charabia à coup d’ ’Irjâ », « mourjias » et autres « Khawârij » tâghoût sur lesquelles il philosophe très longuement.
« Dans As-Sounnah, il est rapporté par ‘Abdoullâh ibn Ahmad ceci : « Mon père m’a dit (l’imam Ahmad), que Aswad ibn ‘Âmir lui a dit : J’ai entendu Aboû Bakr ibn ‘Iyyâch dire : ceux là (les mourija) sont plus à craindre, selon moi,[…] »

Les lecteurs peineront à dénicher la clef de lecture (dans l’hypothèse où celle-ci existe) et passeront bien vite à la 2ème partie du magazine, plus ludique, et bien plus généreuse en « belles images ». Ils n’en demeureront pas moins déçus par la quasi inexistence de « success stories » et images chocs dont ils étaient plutôt friands…
Poursuivons notre « lecture »….
Daesh nous ressort une jolie infographie (sans davantage de texte ni article) à propos du dinar d’or… qui semble déjà tombé dans l’oubli…un « pétard mouillé », comme nous le prédisions il y a un mois…
En p 28-32; « Femmes de martyrs, conseils et règles »…
Le magazine consacre 5 pages aux règles auxquelles sont soumises les femmes de terroristes, veuves de « pseudos djihadistes » morts en commettant des attentats suicides, ou « au combat ». Sont abordés longuement les détails techniques de la viduité (veuvage, ou Idda) : longueur de cette période, ce qui est interdit et autorisés etc. Mais aussi les « contreparties » : péchés « immédiatement pardonnés », arrivée immédiate au paradis, absence du châtiment de la tombe…
Deux points intéressants :
- Le « martyr » intercéderait pour 70 de ses proches etc... (MAIS…sous certaines conditions, si Allah donne sa permission…)
« Par contre si l’impatience pousse la femme du martyr à rentrer en terre de mécréance, à choisir la vie au milieu des mécréants sur celle au milieu des musulmans, à préférer les lois du Tâghoût sur celle de l’Islâm qu’elle n’espère aucune récompense et aucune intercession ! »
- Par ailleurs, ladite mort était programmée, écrite 50 000 ans avant la création de la Terre… il ne faut donc pas « se laisser entendre par le diable » en se disant «  s’il n’avait été au combat ce jour-là, il n’aurait pas été tué »… Et pourtant… !? De plus, bien que son corps soit déchiqueté…Daech déclare qu’il n’a pas souffert…
On sent bien là que Daech cherche à répondre à un phénomène précis touchant ces femmes … sont-elles dégoutées ? Se sentent-elles flouées par ce qui leur a été « vendu » ? Au-delà des basses besognes auxquelles elles sont assignées, et la forte déception que rencontrent la plupart d’entre elles, elles ont par-dessus le marché le cœur brisé, et la quasi impossibilité de retrouver une vie normale… Qu’à cela ne tienne, Daesh n’est surtout pas décidé à les laisser filer…

En effet, il semblerait que si pendant longtemps, les français(es) partant rejoindre les rangs de Daech étaient destinés aux tâches non combattantes loin du front (faire le ménage, enterrer les morts…), la situation semble avoir partiellement changée, ceux-ci étant envoyés rapidement en mission suicide : plus le temps de s’entraîner !
A en croire les témoignages des quelques survivant(e)s qui parviennent à s’enfuir, ceux -qui comprenant la supercherie de Daech- souhaitent s’affranchir du joug de l’organisation…risquent d’être exécutés... C’est donc... la mort ou... la mort… Avis aux amateurs.